Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE lemenl l'individu sera hors de l'Elal qui ne pourra loucher aux propriétés ln lividuelles 1 Oui, celle façon d'immobiliser l'histoire, tout le passé el tout l'avenir, a·1lour de deux idées abstraites, l'individu el l'Etat, répugne prorondémenl à nos conceptions essentielles de la société charn,eanle el de l'univers mouvant. ~lais qu'on y prenne garde : sous son apparence d'abstr~ction immobile, la théorie de Thourel est en réalité le triomJJhe de l'évolution historique. c·e,L parce que depuis des siècles l'Etat moderne et laîque s'était fortement constitué, c'est parce que sous l'action de la royauté, des légistes, des philosophes, de la bourgeoisie, il s'était de plus en plug délié de l'Eglise, que la grande idée de l'Etat prenait aux yeut du juriste un caractère d'éternité el de SOU\'eraineté : el c'est parce que les individus ayant grandi dans la même proportion que l'Etat lalque el moderne s'affranchissaient avec lui des sujétions ffoclales el des tyrannies ecclésiastiques, que le droit des individus s'affirmait, grandissait en race de l'Etat grandissant, Qu'était la Révolution sinon le double affranchissement simultané de l'Etat et des indh idus? C'est celle croissance séculaire el cette eipansion révolutionnaire de l'Etat el des individus qui réduisaient les corps les plus puissants, comme l'Ei:;lise, à une existence dépendante el dérivée dont l'Etat pou mit, à son gré, modifier les conditions dans l'intér.\l des individus. La tranquille formule Juridique de Thouret ;ondense des siècles d'histoire, el c'est là cc qui lui donne celle efficacité souveraine. ~lais un nouvel e!Torlde l'hi,toire peul lui faire perdre sa vertu : el il se peul très bien que, sous l'action de forces économiques nouvelles, la propriété indil iduelle rentre, un jour, dans la sphère de l'Etat el dans le domaine de la nation, comme la propriété de l'Eglise, d'abord supérieure à l'Etat, en avaiLdil subir enfin la loi. Quelle réponse opposait le haut clergé aux théories des juristes révolulionuaires T Il éprou1•ail quel,1ue embarras à se dérendre : car la suppression de la propriété des dimes créait coutre toute la proprioté ecclé,iaslique un redoutable précé,lenl. De plus le décret du 5 novembre 1789, qui disait : • • Il n'y a plus en France aucune dislinclion d'ordre •, ébranlait encore les bases de la propriété ecclésiastique: car le clergé cessant d'exister com·ne ordre, c'e:ll·à-dire, d'avoir une vie politique el une représentation politique distinctes, était, par là même, menacé comme corps. En outre, l'abolition des vœux monastiques, l'interdiction des ordres el eongrégations régulières, où étaient prononcés ces vœux, ache,aienl de dislo1uer les rndres de la propriété cléricale.

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