I 444 HISTOIRE SOCIALISTR en est récllcme11t propriétaire en vertu de la volonté profonde des fondateurs. Ceux-ci, en s'imaginant ne donner qu'à l'Eglise, ont en réalité donné à la nation : el quand celle-ci entre en possession de ce qui lui était vraiment destiné, elle met fin tout simplement à un malentendu. )lais elle doit aux fondateurs d'appliquer les revenus saisis par elle aux objets prévus par eux, et c'est seulement lorsqu'elle a épuisé ces obligations qu'elle peul consacrer re~cédent à des besoins d'un autre ordre. Au contraire pour Thourel, la volonté des fondateurs n'a pu créer les corps auxquels ils donnaient : ces corps n'ont jamais pu exister que par la volonté de !'Etal souverain : par conséquent, dès le premier moment, le droit provisoire créé par les fondateurs était subordonné à la volonté mattresse, au droit supérieur de !'Etal: il a longtemps usé de ce droit souverain pour tolérer la propriété des corps : il en use aujourd'hui pour la dissoudre : il n'y a là aucun droit nouveau, aucune revendication nouvelle, mais la continuation sous une autre forme d'nn même droit. Et si la loi, au moment où elle dissout l'Eglise possédante, charge la na• tion de certains services rendus par les corps, ce n'est pas pour acquitter une delle envers les fondateurs et pour respecter leur volonté, c'est seule• ment dans une vne d'intérêt public. Qu'on ne craigne pas, au demeurant, que l'Etat puisse s'autoriser de celle suppression de la propriété des corps pour loucher un jour à la propriété des individus : car si les corps sont dans l'Etat el par lui, s'il n'ont qu'une existence empruntée el dérivée, les individus sont hors de l'Etat: il:i existent sans lui, et leur droit peut être garanti par lui: mais comme il na ies crée point, il ne saurait les détruire. Ainsi la th~se de Thourel était doublement cruelle au clergé, d',abord parce qu'elle déracinait toute propriété ecclésiastique el kt niait dans toute la suite des temps, ensuite parce qu'en opposant ainsi nettement la propriété corporative à la propriété individuelle, elle enlevait au clergé le moyen de semer lïnquiélude dans la bourgeoisie possédante. A\'ec la doctrine de Thouret, la bourgeoisie révolutionnaire pouvait saisir la propriété de l'Eglise, sans craindre de créer contre elle-même et contre toute propriété un précédent. Mais nous qui sommes si pénétrés de l'idée de l'évolution historique, nous sommes presque effrayés de celle audace d'abstraction juridique, qui est la négation même de l'bistoire. Eh quoi l il y a un Etat absolu et éternel I et en face de l'Etat éternel lïndiyidu éternel! Quoi! dans tous les temps, les corps n·ont existé que par la volonté de l'Etat! Même celle Eglise, née bien des siècles avant qu'il y e1H un Etal français el qui a, si longtemps, dominé la société française n'a ;'amais eu d'autre existence, comme corps, que celle que lui donnait l'Etat1 El, de même qu'élernellement l'Eglise a été incluse dans l'Etat, éternel-
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