Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

l!ISTO!Rt~ SOCIALISTE arracher à l'Église, c'était les arracher au donateur lui-môme, c·c-t-à-dirc .,., passé: c"était, par conséquent, faire acte d'expropriation révoluli 1111air,·, beaucoup plus que Talleyrand ne SP l'avonail ou ne l'avouait aux autre,. ~lais ce premier discours lai•sail suhsisler une autre difficullé lJien plus grave. Le raisonnrment de Talleyrand suppo•ait que la totalité des hir11s d"f:u:lis·'sécularisés serait appliquée à des œuvres de charité, analog,11's, sinon dans lrur in,piralion, au moins dans leur réalité miil<'•rielle, aux œn,re, prévues par les fondateurs. 1lais, en fail, c'était surtout p"ur ;issurer le paiement des dettes de l'Etat, pour éviter la banqueroute que la Révolutiou était obligée cle séculariser les bie11sdïO:gli,e. C'est donc la légion des rentiers, de5 bourgeois prôtcurs, des capitalistes qui se substiluait, dans la perception des· re,.enus <l'Eµ-li,e, aux premiers destinataires. Les biens d'Eglise, la prupl'iété • imm,,hilière et religieuse snvaient à garantir la prop, iélé mohilière; c'était bien l'expropriation du moyen Age au prùfit cle la société modrrnr. 'falleyrand compril que, dans son premier 1'iscours, il avait trop éludé le problème el sans doute les rentiers, les créanciers de l'Etat, inquiets cl'une première argumentation qui les lai-sail en !Ichors cle la cli:;lribulion des reYenus d'Eglise, lui demandèrent un nouvel effort de dialectique .. li compléta quelques jours après. par un mémoire, son discours du 10 octobre. « A qui donc est la propriété véritable de ces biens? La réponse ne peut être rlouteuse: à la Nation. « ~lais, ici, il est nécessaire de bien s'entendre : « Est-ce à la Nalion en ce sens que, sans aucun égard pour leur deslinalion primitive, la Nation, par une supposition chimérique, puis,e en disposer de toute manière et, à l'instar des individus, propriétaires, en u-er et en abuser à son gré? « Non, sans doute, car ces biens ont été chargés d'une obligalion par le donâteur et il faut que, par eux ou par un équh·alent quelconque, celle obligation, tant qu'elle est jugée ju,te et légitime, soit remplie. • Mais est-elle à la Nation en ce sens que la :-lation, s"obligeant à faire acquitter les charges des établissements nécessaires ou utiles, à pourrnir dignement à l'argent du servi~e divin, suivant le véritable e,priL des do11aleurs, à faire remplir même les fondations particulières, lorsgu·elle., ne préscnleronl aucun inconvénient, ELLE PUIS:iE Eli.PLOYER L0 EXCÉDE'.'i'T AC-DELA DE CES ••-'•S A 1,EsOBJETS o'unurt GbErute? La question, ainsi posée, ne présente plus d'embarras. Oui, sans doute, elle est à la Nation, el les rabons se présentent en foule pour le démontrer. • i' La plus grande partie de ces biens a été donnée, évidemment, à la décharge de la Nation, c'est-à-dire pour des fonctions que la Nation eût été

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