Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

410 JIISTUIIlE SOCIALISTE tenue de faire acquiller; or, ce qui a élé donné pour la Nation est nécessaireroPnl donné à la Nation . • ces biens ont été ùonnés presque tous pour le service public; ils !"ont été, ,,on pour l'intérêt des individus, mais pour l'intérêt public; el ce qui est donné pour l'intérêt public peut-il n"êlre pas donné à la Nation? La C'iationpeut-elle cesser un instant d'être juge suprême sur ce qui constitue cet intérêt? « Ces biens ont été donnés à !"Eglise. Or, comme on ra remarqué déjà, !"Eglise n·est pas le seul clergé, qui n'en est que la partie enseignante. L'Eglise est l'assemblée des fidèles et rassemblée des fidèles, dans un pays catholique, est-elle autre chose que la Nation? « Ces biens ont été destinés particulièrement aux pauvres; or, ce qui n'est pas donné à tel pauvre CQ particuli r ruais qui est destiné à perpétuité aux pauvres, peut-il n'être pas donné à la Nation qui peut, seule, combiner les vrais moyens de soulagement pour tous les pauvres? « La Nation peut certainement, par rapport aux biens ecclésiastique., cc que pouvaient, par rapport à ces biens, dans rancien ordre des choses, le roi el le supérieur ecclésiastique, le plus souvent étrangers à la possession de ces biens. « Or, on sail qu'avec le concours de ces deux volontés on a pu, dans tous les temps, éteindre, unir, désunir, supprimer, hypolbéquer des bénéfices et même les aliéner pour secouril" l'Etat. • La :-iation peut donc aus,i user de tous ces droits et, comme dans la réunion de ces droits se trouYc toute la propriété qui est réclamée en ce moment sur les biens ecclésiastiques en faveur de la Nation, il suit qu'elle est propriétaire dans Loule l'acception que ce mot peut présenter pour elle.» li serait trop loi1g d"examiner la valeur historique et juridique de ces arguments. Mais, malgré l'habileté avec laquelle est tendu le voile, Talleyrand ne peul dissimuler le caractère révolutionnaire de l'acte ))roposé. Entre les aliénations de détail faites jadis par le prince el J"aliénation d'ensemble réclamée de la Constituante il y a un abîme; toute la distance d'un acte d'administration à un acte d'expropriation. Jl est très hasardeux de dire que les donateurs ont constitué jadis leurs œuvres, à la décharge de la l'iation, car, dans la ))ériode féodale, la Nation n'était pas; eL le seul pouvoir vraiment central était l'Eglise. Enfin, il est au moins hardi de cléricaliser ainsi Loule la nation pour établir entre l'Eglise et la Nation une continuité juridique absolue; déclarer à la fin du xvm• siècle que la Nation est l'assemblée des fidèles, c'est-à-dire le véritable Eglise, c'est méconnaitre Je profond travail que la critique rationaliste el la 1,cienceavaient opocé dans les esprits.

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