Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIIS'l'OlllE SOClALIS'l'E ne peul as~urer ,\ chaque titulaire actuel que la jouissance de ce qui lui a élé ,érilahlemenl accordé par l'acte de sa fondalion. • Or, personne ne l'ignore, tous les lilres de fondations de hiens ecclésiastiques, ainsi que les clirnrses lois de l'Éf(lise qui ont expliqué le sens el l'esprit de ces titres, nous apprennent que la partir seulf de ces biens, qui est nrcessafre à l' ho1111/ls/eubsistance du bené(iciaire, lui apportirnt; qu'il n'est q11el'administrateur du ,·este, et que ce reste est i·t'ellement accord(, aux ,nalhrure11x et â l'entretien des temples. Si donc la Nation assure soigneusemmt à chaque til1tiai,•e, de q11Piquenature qur soit son bénéfice, cette s11b.,istm1crlto11nète, f'lle ne to11cherapoint li sripropritft/, individuelle, et si, ~n ni, 1me temps. elle se charge, comme elle en a sans doute le droit, de l'admini,tration du ,·e,te, si elle prend wr son compte les au/l'es obligr1tions allacltées à ces biens, telles que l'entNti1•11des hôpitaux, des ateliers de clwritt', des ,·,'parations de l'lglisc, des (mis de l'éducation publique, etc.; si, surtout, elle ne puiu dans ers birm qu'au momn1t d'une cala111i1,: gh1érale, il me semble que toutes Le, intentions des fondatrurs sont remplies et que toute ju<tice se trourera aroir r'tr' stli:1-rementacco1,1plie. • On voil le gran<I clîorl rlc dialectique et de subtilité par lequel Talleyrand essayait de démontrer que celte gran1le e,proprialion r6volulion11aire respectait la propriété. Au fond, cette opération décisive pouvait se légitimer d'un mot : c'est qu'une nation, avant tout, a le clroil de vivre el c1uelor~que d'immenses richesses ont une a!Tectation traditionnelle contraire aux intérêts nouveaux el à. la vie môme cle la 'i,11ion, elle peul cl doil modifier celle affectation. ~'laisil est rare que les Ré\'Olulions puissent a rouer aussi nellement leurs principes, el elles cherchent à. rattacher au système juridique en vigueur l'acte 111êmequi bouleverse l'ancien droit. li y aYail, sans doute, des parties spécieuses dans l'argumentation de 'l'alleyrand : mais aussi que de raisonnements fragiles! Oui, la Nation, seule existence perpétuelle, a le droit et le dc,oir de veiller à l'exécution de-la volonté des fondateurs, mais il est bien clair que lorsque, dans les siècles de ténèbres el de foi, des milliers d'hoo11nes avaient donné leurs biens à l'Église pour le soulagement des pauvres ils n'avaient pas voulu seulement donner aux pauvres, ils avaient voulu leur donner par les mains de l'Église, cl s'assurer aimi à. eux-mêmes une récompen e dans un ordre surnaturel c1ue,suivant eux, l'Eglise administrait. Par conséquent, lorsque la Nation, s'emparant des biens cl'Église, les cun,acrail au soulagement des pauvres, à de, œuvres d'as,istance cl d'éclucation, elle ne rempli,sail qu'une patlie de la volonté des donateurs; cl com. ment, en vérité, un grand peuple, après la lumière du xvm• siècle, aurait-il pu êl1·e exactement fidèle à la pensée du moyen age? Nationaliser les biens d'i,glisc, les laïciser, ce n'élail pas seulement les

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