436 HISTOIRE SOCIALISTE LES BIENS NATIONAUX. Necker songea à utiliser le crédit de la Caisse d'escompte. On l'antoriserail à émettre des billets de banque; mais ces billets, si on ne les gageait pas tomberaient bientôt à rien, et si on voulait les soutenir, avec quel gage? Mirabeau qui comballait avec une grande force les plans financiers de Necker, disait très justement : • Si la nation peul soutenir par un gage des billets émis par la Caisse d'escompte, pourquoi ne soutiendrait-elle pas directement par ce gage des billets émis par elle-môme 7 » Ainsi la combinaison de Necker qui con,istait en réalité à créer une sorte d'assignats indirects était contra• dictoire, elle ne pouvait concluire qu'à créer directement des bil!Pts ri füat, des assignats nationaux gagés par une richeôse nationale. Et celte richesse, ce ne pouvait èlre que le domaine de l'Eglise. Déjà, comme nous l'avons vu, la Constituante, en abolissant les dimes sans indemnité, avait frappé la propriété de l'Eglise. Mais il était bien plus hardi de toucher à son domaine foncier; et tandis que l'Eglise ne ré~ista que mollement à l'abolition cles dimes, elle va ré,isler avec un vigueur forcenée à la nationalisation de sa propriété immobilière. Comment la Constituante jusliOa-t-elle celte main-mise sur les biens du cler,.::é? Elle affirma que la propriété de l'f:glise n'avait pas le même caractère que les autres propriétés, que l'Église n'avait reçu des terres, des immeubles, que pour remplir certaines fonctions, notamment de charité el d'assistance; que, par suite, le jour où la Nation se préoccupait de remplir ellemême celle fonction, elle avait le droit de saisir les ressources en assumant la charge. Enfin, el pour compléter sa démonstration juridique, la Constituante proclama que le clergé, ayant cessé d'être un ordre, ne pouvait posséder en celle qualité, et que la Nation peut toujours reprendre les biens d'un corps qui n'existe que par la volonté de la Nation elle-même. Après le marquis de Lacoste, après Buzot, après Dupont de Nemours, c'est l'évêque d'Aulun, Talleyrand-Périgord qui posa la question avec l'autorité que lui donnait sa qualité même d'évêque el avec une admirable précision. C'est le 10 octobre 1789 qu'il porta à la tribune sa grande et célèbre motion: « illessieurs, l'Etat depuis longtemps est aux prises avec les plus gran<' besoins, nul d'entre vous ne l'ignore; il faut donc de grands moyens pour l subvenir. • Les moyens ordinaires sont épuisés : le peuple esl pressuré de toute part, la plus légère charge lui serait, à juste titre, insupportable; il ne faut pas même y songer.
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