Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

420 HISTOIRE SOCIALISTE el des ouvriers coutre l'octroi, aussi odieux el onéreux aux uns qu'aux autres. Roland de la Platière, dans les nombreux mémoires où depuis des années il protestait contre l'octroi « cause do la misère flétrissante du peuple » el embarras pour les manufacture,, avait donné, en quelque sorte, la formule du mouvement. Un instant, il parut tout emporter. Mais de nouvelles troupes sont ap1ielées, cl le consulat forme une garde de 600 jeunes bourgeois de familles riches, qui veulent réprimer le soulèvement populaire el qui le répriment en efîel. Dès ce moment, on sent qu'il y a à Lyon une force do « conservatisme » énergique, résolue, qui, s'il le faut, ira jusqu"à la conlre-révolhlion. ~fais le contre-coup du 14 juillet ranime le parti populaire. Une nouvelle garde nationale est formée avec des éléments plus nettement révolutionnaires. Elle est aussi, à sa manière, conservatrice de la propriété, puisqu'elle marche contre les bandes paysannes qui envahissaient les chàle,aux, mais elle entend tuiler à fond contre le consullat, développer la Révolution. Sous l'influence des bourgeois démocrates cl du peuple, la journée de travail pour te cens électoral, est fixée à iO sous, et le cens très abaissé permet il beaucoup d"ouniers, d'arlisans de prendre part au scrutin. Le consulat disparait, définitivement r.ondamné, el son énergique chef, Imbert Colomès, qui avait tenté de sauver contre la première houle révolutionnaire la vieille oligarchie bourgeoise, s'exile à Paris, d"où il va guetter àprement une occasion de revanche. A la fin rie février, la municipaliié nouvelle csl constituée; 6,000 électeurs prirent parl au vole. Si les élections écartèrent l'élément contre-révolutionnaire, il s'en f~ul qu'elles aienl donné un résultat net. La municipalité complait des révolutionnaires modérés, comme Paterne de Savy, ancien avocat général à la Cour des monnaies, qui fut nommé maire; comme Dupuis, qui fut nommé procureur syndic. A côté d'eux, et comme pour alles ter la puissance de la tradition à Lyon, d'anciens échevins, Nolhac, Vauberet, Jacquin étaient élus; les grande, familles bourgeoises, les Dup<mt, les Lagie, les Fulchiron, les Felissenl, beaucoup de négociants et de gros marchands, un petit nombre de maitres-ouvriers étaient nommés. C'était là, si l'on peut dire, le corps central de la nouvelle municipalité, elle était aussi éloignée de l'esprit oligarchique et contre-révolutionnaire que de l'esprit ardemment démocrate et « patriote•· Les chefs du parti démocrate el patriote, les chirurgiens Pressavin el Carret, l'avocat François Bret, le médecin Louis Vilel, l'inspecteur des manufactures Roland, l'orfèvre Perret, le pelletier Vingtrinie, les négociants Chalier et Arnaud-'fizon ne sont élus que parmi les notables. el avec un nombre moindre de voix. (Voir Maurice Wahl, ouvrage déjà cité.) Ainsi non seulement nous constatons à Lyon, dès le début, l'audace et la ' forte organisation des éléments conservateurs, qui seront bientôt des éléments contre-révolutionnaires; mais, dans le parti de la Révolution, Il y a d'emblée

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