HISTOIRE SOCIALISTE 389 Le débat, très court d'ailleurs, ne porta plus que sar la forme qu'aurait le cens. Le côté droit, ceux qu'on pourrait appeler les agrariens, voulaient faire de la propriété foncière la base du droit politique. Le rapporteur Demeunier s'y opposa : • L'amendement, dit-il, qui exige une propriété lcrriloriale, n'e•t conforme ni à l'esprit de vos précéde_nts décrets ni à la justice. Les Anglais suivent à la vérité cet usage, mais eux-même, s'en plaignent. Le Comité pense avoir fait tout ce qu'il fallait faire en demandant une contribution d'un marc d'argent. Cette imposition indique asse~ d'aisance pour que la malignitl ne suppose pas que les législateurs sont plus oit moins susceptibles de corruption. • Mais la droite avait un grand intérêt à insister sur la propriété territoriale : elle aurait écarté ainsi tous ces bourgeois peu fortunés des villes, tous ces légistes, tous ces hommes d'affaires, tous ces commerçants qui pouvaient bien payer 50 livres d'impôt à raison de leur revenu, mais qui n·avaienl point de capitaux disponibles pour acquérir des immeubles ruraux de quelque valeur. La bourgeoisie révolutionnaire des villes aurait été, pour une bonne pari, éliminée et l'influence conservatrice des propriétaires terriens, des nobles, des bourgeois propriétaires de rentes foncières aurait été accrue d'autant : Casalès intervient el pose le débat très nettement entre les propriétaires fonciers el ceux qu'on appelait déjà, dans les livres, les journaux el à la tribune, • les capitalistes•· • En dernière analyse, s'écria-t-il, Lou~les impôts portant sur les propriétaires des terres, serait-il juste d'appeler ceux qui ne possèdent rien à fixer ce que doivent payer ceux qui possèdent? « Le négociant est citoyen du monde entier et peut transporter sa propriété partout ott il troui:e la pai3; et le bonheur. Le propriétaire est atlaché à la glèbe; il ne peut vivre que là, il doit donc posséder Lous les moyens de soutenir, de défendre et de rendre heureuse celle exi,;tence. Je demande, d'après ces réflexions, que l'on exige une propriété foncière de 1200 livres de revenu. • Déjà la propriété foncière accusait de cosmopolitisme la propriété mobilière. Nous retrouverons tout au long du siècle celle querelle. Barère de Vieuzac répondit à Cazalès, et en même temps au Comité. Déjà, selon la souple méthode qui fera sa fortune politique, il propose une solution intermédiaire: • Rien ne serait plus impolitique, dit-il, que le décret par lequel on vous propose d'exiger une propriété de 1200 livres de revenu pour être 6ligible : ce serait accréditer ces calomnies absurdes qu·on sème de Ioule part contre vous, en disant que vous cherchez à établir une aristocratie nouvelle sur les débris de toutes les autres.
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