388 HISTOIRE SOCIALISTE prochés par les 8entiments dlrnmanité qui caractérisent toutes ses délibéra-. lions cl qui animent tous ses efTorls. • Une demi-heure après, l'Assemblée, à la presque unanimité, relirait aux pnuvres prolétaires blancs le droit de su!Trage. L'abime qui, à celte heure, , séparait encore la Révolution bourgeoiso du prolétariat misérable était plus vaste que l'abime des mer,. Il y avait plus loin de l'Assemblée aux plus pauvres ouvriers de France qu'aux propriétaires de couleur des colonies. Le 20 octobre, quand vient la question de lïllé1,ibililé, même médiocrité de la discussion, même parti pris de l'Assemblée presque toute entière, à ne point aller jusqu'où la logique de la démocratie voulait qu'elle allât; même indifférence du peuple qui hier, grondait et se soulevait ù propos du rnlo, gui demain grondera encore à propos du droit de paix el de guerre, mais qui celle fois n'assiège point l'Assemblée; il ne s'émeut même pas quand on fait de lui une cohue passive, quand on lui relire l'électorat, quand on lui ferme l'accès de la représentation nationale. Pourtant, celle fois, l'article proposé était ,•miment brulai : le Comité de Constitution exigeait une contribution égale à la valeur d'un marc d'argent pour Mre éligible en qualité de représentant aux Assemblées nationales. Un marc d'argent, c'est-à-dire cinquante liHes, un chiffre d'impôt qui excluait des Assemblées non seulement les prolétaires, mais la plupart des petits propriétaires et une portion notable de la bourgeoisie elle-même. Petion de Villeneuve combattit le premier cet article, mais avec quelles hésitations 1 avec quelles concessions! « J'a; été longtemps dans le doute, dit-il, sur la question de savoir si un ,·eprésentant doit payer une contributiou directe. JJ'un côté je me disais que tout citoyen doit partaoer les droits de cité; de l'alllre, lorsque le peuple est antique et corrompu j'ai cru ,·emarquer quelque nécessité dans fexception proposé par votre Comité de iontribution. « Cependant, elle me parall aller trop loin : elle ne devrait ,e bomer qu'à la qualité d'électeur ... Dès que vous avez épuré vos assemblées primaires, dès que vous avez déterminé ceux qui peuvent être élecleurs, dès que vous les avez jugés capables de faire un bon choix, Je vous demande si yous devez mettre des entraves ù ce choix, si Yous devez, en quelque sorte. leur retirer la confiance que vous leur avez accordée. » Ainsi, Petion, qui était de la gauche extr~me, accepte pour l'électoral la condition du cens : il considère comme une épuration l'exclusion des plus pauvres qui ne sont point aùmis aux assemblées primaires, et c'est seulement parce que l'Assemblée a procédé au triage des électeurs qu'il regarde comme superflues les conditions d'éligibilité: le cens d'électorat rend inutile le cens d'éligibilité. El cette opposition, qui n'est même point de principe, fut la seule.
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