Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

UISTOIRE SOCIALISTE 383 pensées, toute la combativité du côté droit et de l'Eglise. Il est vrai qu'un appel aux pauvres, aux prolétaires, aurait pu paratlre à l'Eglise une habile di1ers100, mais la manœuvre n'était point sans péril. Car si une partie des pauvres, dans les campagnes surtout, pouvait devenir une clientèle politique pour le chAleau el pour la cure, les prolétairp,s des villes, nombreux déjà et très ardents, auraient accéléré encore la marche de la Révolution, et, malgré ses craintes, le clergé n·en "lait pas encore, en octobre, à jouer une partie aussi dangereuse el à essayer de moyens aussi désespérés. D'ailleurs, l'article qui portail à la noblesse el m~me en général aux classes riches, le plus de dommage, élail celui qui refusait le droite de vote à la domesticité. Or, dans l'étal des mœurs et des esprits en 1789, la noblesse elle-même n'aurait pu combattre cet article sans trahir trop brutalement sa pensée de mener au scrutin le peuple servile des antichambres. Enfin, llontlosier lui-même ne demanda pas vraiment le su[rage universel. li dit en résumé: « Tout citoyen est actif dans l'Etat, quand il s'agit de s'occuper des droits de tous les citoyens. Le Coruité a été èmbarrassé du grand nombre de votants aux assemblées primaires. li serait aisé de se débarrasser de celle extrême population en ne considérant comme citoyens que les chefs de famille. La question de l'âge nécessaire pour être admis aux assemblées primaires deYiendrait alors inutile, tout homme marié .serait reconnu chef de famille, et il serait citoyen, puisqu'il donnerait des hommes à l'Etat. Ainsi, les célibataires seraient exclus des assemblées primaires ... » Cette combinaison baroque, qui excluait du vole tous les célibataires, ne peut uaiment pas passer pour une première affirmation clu sulfrage uniYcr;el. Legrand, le député du Berry, qui avait décidé si opportunément les Etals Généraux à s'appeler .\ssemblée nationale, ne fait à propos de celle grande question des citoyens actifs el passifs, qu'une observation bien courte et bien équivoque aussi : « Le paiement d'une imposition ne doit être exigé dans les assemblées primaires que comme preuve de cité; la pauvreté est un litre, et quelle que soit l'imposition, elle doit être suffisante pour exercer les droits du citoyen. • A la bonne heure, el le mot : La pauvreté est un litre, est humain et assez lorl. )fais à quoi tend celle remarque? S'il ne s'agit que de constater que le citoyen appartient en e[el à la cité, la condition de domicile pendant un an est bien suffisante. Et c'est à quoi, le 20 octobre, se réduit la discussion. Brusquement, Robespierre intervient, non pas pour soulager sa conscience, non pas pour réclamer, au nom du Contrat social, contre un sy,Lème qui lie des citoyens à une cité dont ils ne sont pas; mais pour demander au contraire que le débat soit interrompu et que l'on songe à des questions

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