Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOII\E SOCIALISTE 381 ne sont pas citoyens actifs. Lrs f,•mmes, du 11wi11<dim, l'i'tat a1 tuel, les enfants, les étrangers, ceu.c ,ncore qui ne co11tribuerair11ten rien à soutenir l'étafJ/i,.,emenl p11blic, ne doi\'enl point influer aclhemrnt sur la chose publique. Tous peuvent jouir d,s avanlag,,, dr tri soriét,'; mai, ceux-là •nt!, qui contribuent à l'étflbli«ement public, S1Jtll rommr les i:rai, artionnaire<de la qrande entrepri<e .,ociflle. Eux seuls sont les véritables citoynu actif<, les véritables membres de l'associt1tio11. • Paroles imprudente,, car si les citoyens qui contribuent par l'impôt à soutenir l'établissement public, sont les seuls actionnaires de l'entreprise sociale, qui ne \'Oil qu'il conviendrait de leur donner une part dïnOurnce proportionnée à la valeur de leur action, c'est-à-dire à leur fortune manife,lée par l'impôt? Sieyès n'accepte é,·idemment pas cette conclusion, puisqu"il déclare que le concours de tous les citoyens à la formation des pournir. publics doit être égal, et il n'e,t pas impossible d"accorder, dans l'ensemble, son langage du 21 juillet et son langage du 7 ,eptembre. Sieyès n'entend pas écarter en bloc, comme classe, les ~alariés, les dépendants, les ouvriers innombrables des manufactures, les manouvrier,. Il se rend compte de leur dépendance, et déjà dans sa brochure célèbre : Q11'1•~t-crque le Tier, Étal? il indique que seuls des changements dans la propriété a-sureront la libert6 du vole de tous les travailleurs, fermiers el OU\'rier•, qui sont à la merci des grands poss6dants. Il constate aussi la déplorable ignorance à laquelle le réo:ime industriel, tous les Jours plus développé, condamnr le prolétaire moderne; mai~ quoi? refuser le droit de vote à Ioules ces force, produclirns, à toutes• ces machines de travail•, cc serait refuser le droit de vote à la société moderne elle-même, qui n'est qu·un ensemble de forces productives et une énorme machine de travail. Et, en fait, le projet qui eiige un impôt de trois journées de travail, laisse. passer et amène au ,·ote un grand nombre d'artisans cl d"ouvriers des manufactures. Le re,le, ne contribuant en rien ou presque en rien à l'établissement public, semble disparaitre pour Sieyès: et il s'imagine, sans un trop grand effort, qu'il admet dans la Cité tous les hommes; mais il est bien clair que le grand logicien ne peut entretenir en lui celle illusion qu'à la condition de ne pas serrer de trop près sa propre pensée. Et nul dans l'Assemblée, nul dans le pays, ne se lève pour l'obliger à une entière sincérité envers lui-même. Nul ne lui demande : • De quel droit excluez-vous du scrutin des milliers d"hommes qui, s'ils ne contribuent point par l'impôt ou par un certain chifl're d'impôt, à l'élabli,,cment public, y contribuent cependant en tant que forces productives? De quel droit fixezvous à la \'aleur de trois Journées de travail la limite au-dessous de laquelle la contribution du citoyen et Je citoyen lui-même, sont con5idérés comme

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==