Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

3i4 H IS'fOIRE SOCIALISTE après une capti\·ité morne et une sorte d·agonie morale oü il ne semble pas que son âme un peu néhile ait été égale au poids du destin. Quel contraste avec Rohespierre ! Celui-ci, très concentré aussi, tr~s sou• cieu, de sa dignité el de sa tenue, avail une fermeté ,l'irlées el une ténacité de vouloir presque invincibles. Avec Buzol, Prieur, Rœderer, Dubois-Crancé, Salles, il était l'extrême•gauche de l'Assemblée; mais bien plus que ses voisins immédiats, il avail la consistance el l'esprit de suite. Malouet a dit un mol très pénétrant: « li n'y avait à la gauche de l'Assemblée que deux hommes <1uine fa~s,•nl point des démagogues, ~lir;1beau et Robespierre. » li e11tendait par là qu'ils suivaient leur pensée et développaient leur plan sans plier au, caprices !le la foule, aux mouvements passagers de l'opinion. Il portail en lui une seule idée : la nation est souveraine; mais celle idée unique, il la suivait sans défaillance, sans rnslriclion, jusqu'en ses con• séquences extrêmes. '.\on qu'il fOl délibérément républicain, il était monarchi,te, au contraire, mais il n'était di,posé à. faire à. la royauté aucun sacrifice du droit national; il tolér,,il le roi dan, la mesure oü celui-ci s'accordait avec la souveraine'é ùe la nation. li n'était en aucune r ,çon socialiste ou communiste; sa plus granùe hardiesse sociale, en li89. ,a à.demander cpt'on reprenne aux seigneurs le; Iliens des communautés usurpé, par eux, cl qu'on y raablisse les 1>rairies el les boi, qni a,·aienl été remplacé,, depuis le partage, par la culture clu blé. )lais pour que la nation soit sou,craine, il faut que tous le, indid~us qni la composent, si pauvres qu'ils soient, aient leur part de souveraineté. De là la tendance démocratique de s t politique. De plus. ce sont surtout les pauvre,, ce sonl loul au moins le8 classes modestes, les artisans, les petits propriétaires qui n'ont aucun inlôrèl de caste qui s'oppose à la Révolution. Le, nobles. les riches bour"eois peuvent être tentés de restreindre la souveraineté nationale el de prendre des garanties pour leurs privilèges ou pour leur fortune. Le peuple proprement dit n·a point d'intérêt~ contraire, à ceux de la nation, el yoi\à 1,011rquoi la souveraineté de la nation devient vite, dan; la pensée de ll,,hespierre, la souveraineté du peuple. On a dit bien souvent qu'il employait ce mol de peuple en un sens très vague, el cela est vrai. Le mot de prolNariat, tri que nous l'employons aujourd'hui, a un sen, précis : il signifie l'en,emble des hommes qui vivent de leur travail el qui ne peuvent travailler qu'en mellanl en œuyre le capital po,sMé par d'autres. Dans la langue politique et dans l'état économique de la société française en 178\J, le mol peuple ne pouvait aYoir celle préci,ion : il s'appliquait même, selon le~ moments, à. des catégo1·ies très diverses de la population; il y avait pourt wt nn point fixe; le peuple, pour Robespierr.e, représentait, à chaque cri,e de J., llévolution, l'en,emblc des citoyens qui n·avaienl aucun intérôlà limiter la ,ou1erainelé de la nation el à. en contrarier le plein exercice. Par là., sous

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