Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllS'l'OlllE SOCIA LlSTE 303 dans ses démarches pressantes qu'une inquiéturle d'ambition ou mi'·mP un calcul r!e cupidité. Ils le rebutèrent ou le ble,sèrenl; mois il ne se clécoura~ra pas. l)t's qu'il le put, dès que, par l'inlern1édiaire du comte de L11farck el de rarche1·ë4ue de Toulouse, il fut en rappo1·t avec la Cour 1,a première note e•t du i" juin 1ï90) il c,s<1ie de persuader au Roi, à la Reine, que c'est dans IP dèecloprcment môme de la Ré,olution qu'ils lrou,eront non seulement le ,alut, mais la force. Qu'il, la -ervcnt rnns arrière pen,éc: qu'ils y voient leur chose autant que la cho,e du peuple, et il~ auront un pouvoir li•gal cl e[eclif ,upôrieur à la puissance arbitraire des rois qui se croient ahsolus. La Révolution, en bri,anl les privilèges des provinces, des corps, de, villes, des ordres, supprime les obslacl,•s sans nombre que l'ancien régime o,,p,,sail ù l'e.\ercice de raulorilé royale : elle a1,lanil le sol et donne à la roiauté la 1.Ja;c la plus unie el la plus large, toute la , ie homo,;ène d'un grand peuple. La :';aLion fera la loi par se, représentants, el le !loi gouvernera selon la loi; mais l'intérêt de 1, ro)'auto el l'intérêt de la .Xation étant désormais identiques, se conformer à la 1olonl0 national.e, en cc qu"elle a ct·es~entiel et de proton 1, c·cst pour la royauté non une diminution d'autorité mais, au contra·rc, un accomplis,;emcnt de pui,s:1nce. Que le lloi consente donc avec,ioie à l'abolition du vieu~ syslème féodal, qui le liait aulanl qu'il asservissait les peuples. El qu'il n'arrèlc pa, à mi cbentin la 11éYolulion: incomplète, ell,• l'ahai,sera; co111plèle, elle lé grandira. Que tous les biens de l'Église soient vendus, el qu'il soit fait une émission d'a,,ignals large, hardie, surabon !ante, de façon à alfranchir à jamai; la HéYo!ulion cl le Hoi de Loule gene financi~re. Que l'on suscite ainsi l;)uL un peuple no•lYcau de propriotaires, qui préservera l'ordre noU1cau à la fois conlre le rc,our offensif' cte l'ancil'n régime el contre l'im,lalJilité ùémag-ogique. Que Loule la vieille armée ,oil licenciée. t~ar là sera a[ermie la Hévolution. mai, restaurée aussi la di-cipline; le caractère aristocratique des chefs, leur esprit contre-révolutionnaire prol'oquent le soulèvement des soldats el en quelque mesure le justifient. Des officiers noul'eaux dans une armée noul'el!e seront dévoués à la Révolution qui les aura suscités el, forts précisément de leur loyauté révolutionnaire, ils sauront établir bientôt des halJitudes de discipline. Ce n'est donc ni en rétrogradant, ni en hésitant, que le roi saU1era la royauté : c·esl en allant dans la Yoie révolutionnaire aussi vile, aussi loin et plus comciemment que la !lé,olulion elle-mème. Yoilà cc que :llirabcau aYail entrepris de démontrer, de persuader à la Cour. EL il mit à cette entreprise iant de génie, tant d'habileté, de per,évérance, de passion, que quand on lit ses admirabl~s notes, on a parfois l'illusion qu'il va réussir. En tout cas, on

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