304 HlSTOIIlE SOCIALISTE ne croit pas ,e livrer à un jeu d'esprit puéril en se demandant ce qui fOl advenu, cl quel tour au.ail pris l'histoire, si Mirabeau avait en e!îel convaincu el entrainé le roi. li est, je crois, le seul homme de la Révolution qui suscite dans l'e,pril une hypothèse capable de balancer un moment la réalité. C'est quïl agissait avec des énergies de pensée et de volonté extraordinaires en un temps où la pente des événements est encore incertaine et où il semble que de vigoureuses impulsions individuelles en peu vent déterminer le cours. Si le rêve de Mirabeau s'él ait accompli, si Louis XVI avait eu confiance dans la Révolution et lui avait inspiré confiance, s'il était devenu le roi de la Révolution, il n'y aurait pas eu rupture entre la France moderne et sa séculaire tradition. La Révolution n'aurait pas élé acculée, par la trahison du roi et l'agression de l'étranger, aux moyens extrêmes et violents. Elle n'aurait pas surtout été obligée à l'immense effort militaire d'où à la longue la dicta• ture napoléonienne esl sortie. Le plan de Mirabeau préservait donc la France du césarisme el de la • servitude militaire, la plus dégradante de loules ». li la préservait aussi de la prédominance d'une oligarchie bourgeoise, et le régime censitaire de Louis• Philippe était aussi impossible que le régime guerrier de Napoléon. Malgré la distinction des citoyens actifs el des citoyens passifs, la Révolu lion u créé d"emblée plus de quatre millions d"électeurs, et la royauté, selon les vues de lllirabeau, pour porter en elle la force du peuple enlier, aurait C:oun4le suffrage universel. Ainsi c'est une monarchie à la fois traditionnelle, moderne, parlementaire et démocratique qui aurait ordonné el stimulé de haut les mouvements d'un grand peuple libre. Sans doute, elle n'aurait pu faire violence à l'évolution économique. Elle n'aurait pu empêcher, dans le sein de la société indusrielle, l'antagonisme croissant du capitalisme el du prolétariat, mais habituée déjà par une grande audace révolutionnaire à se dégager des entraves du passé el à coordonner son action à l'action des forces nouvelles, elle aurait pu s'incliner peu à peu vers la classe ouvrière et seconder son mouvement. Les forces gaspillées par la France en révolutions périodiques el en formidables dépenses militaires, auraient été consacrées tout entières à un développement intérieur, continu el paisible. Voilà les perspectives qu'ouvre à la pensé_ele génie de Mirabeau, el on y entre un moment avec quelque complaisance. Mais qui sait si, malgré tous les orages el toutes les souITrances, le destin de la France révolutionnaire, tel que J"hisloi re l'a tracé, ne vaut pas mieux pour la France elle-même el pour le monde? Sans doute, la lulleà outrance de la Révolution contre les puissances d'ancien régime et contre la royauté elle-même.a abouti à des crises désespér~es et à des accès de despotisme : mais elle a aussi créé une prodigieuse exaltation
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