Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

300 II ISTOII\ E SOCIALISTE bleau, aussi triste que véridique, doit Nre mis en opposition avec celui de trùis ou quatre cent mille hommes de milices nationales plus ou moins bien disciplinées, mais bien armées, et encore plus exaltées par les principes el par le délire qu·on leur a inspiré; cette milice, répandue dans toutes les villes, bourgs et villages clu royaume, en intercepte jusqu·aux moindres avenues, principalement celles de la capitale, à plus de quarante lieues à la ronde. « Comment, dans cet état de choses, pourrait-on croire à la possibilité de l'enlh-ement dn Roi el de la famille royale? Comment pourrait-on supporter ridée du danl)er que courraient le monarque et son auguste t<pouse,s'ils étaient arrêtés en 1·011te: et ils le seraient bien certainement avant de pouvoir atteindre une place de sûreté. La plume tombe des mains quand on se représente les suites incalculable~ d'une telle catastrophe. • Quelle prophétique vision de Ya renne'. ~lais quel acte d'accusation terrible contre le parti de la Contre-Révolution! Quoi! dès les premiers mois, et avant que vraiment la famille royale ful en péril, c'était déjà un projet de guerre civile!. .. Quand on voit combien Mercy-.\rgcnleau redoute ce projet d'enlè,·emenl du Roi, il est impossible de douter que le marquis ~lahy de Fanas, arièté en décembre 1,80 cl pendu en fénier i,90 pour arnir fo1mé un plan de guerre chile el d'enlèvement du Roi, ail été encouragé au moins par de vagues approbations el de savantes réticences. Il semble bien, it c!e très sérieux indices, que ~lonsieur, c-omtc de Provence et frère dn floi, n·avail pas ignoré les préparatifs financiers de rentrepri•c, cl si Favras sut garder un silence plein de gra11deur, toute la suite des faits, l'émigration brusque du comte d'Artois, les bruits d'enlèvement du f\oi qui coururent à Yersailles clans la journée même du 5 octobre, les paroles méprisantes du comte d'Artois pour le comte de Provence quand celui-ci, pris de frayeur, désavoua Favras, la conspiration obstinée qui inquiétait ~lercy-Argenteau, tout démontrait que le petit groupe de princes el d'cmigrés casse-cou, qui opérait en qudquc sorte en marge de la ContrclléYolution, était soutenu par les bienvcill.lnls échos qui _lur venaient de la Cour. Est-ce à dire que, dès 1780, le Roi cl la f\,•inc songent à fuir et à faire apprl à l'étranger? En aucune façon. La Reine était comme hésitante entre cleu, haines; entre deux souffrances d'orgueil. Elle haïssait le comte d'Artois qui si souvent, dans les années brillantes, ra"ail blessée el calomniée. Elle ne voulait, à aucun prix, lui livrer la conduite des opérations el mettre la royauté aux mains ùes princes. Mais elle haïssait aussi el surtout redoutait la foule dont les rumeurs clc colère montaient vers elle. Quelle route prendre, cl où était le moindre péril? Elle attendait. Deaucoup moins chrétienne que le Roi et sœur d'un souverain philosophe, elle

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