Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

111STOll1E SOCIALISTE 355 eux-mêmes. '.\lais leur prise sur les hommes et les choses était bien faille encore. Il n·y arnil qu'un imperceptible germe de tr·ahison flottant au vent. Pourtant une partie ùe la droite de l'Assemblée était de cœur avec ces fous. Elle pratique une sorte d'émigration législative en s"abstenant de plus en plus de paraitre au, séances et de participer aux \'Oies. Il lui semble que la Ré1olulioo, en se précipitant sans frein, se Lrisera. De plus, le moul'emenl vendéen, bien obscur el incertain encore, commence à se des,iner. La noblesse du Bas•Poilou avait une attitude conlre•révolulionnaire violente. Elle a1ail protesté, en termes presque factieux, contre la décision du Roi qui accordait le doublement du Tiers : le baro11 de la Lézardière avait essaié, sous le couvert du prince de Condé, d'organiser une sorte de Ligue de nobles, et, de chilteau en château circu_laient, dès les premiers mois de la Révolu lion, des mols c1·ordre de guerre civile. Entre la colonie émigrée de Turin et les conspirateurs du 11arais ou du Bocage, s'échangeaient des projets insensés. Le comte d'Artois voulait, de vive force, foire enlever le Roi: le soulèvement des nobles de l'ouest créerait à ce moment une dhersion utile. En mai 1790, le Comité de Turin écrit à la Reine trois lettres pressantes pour qu'elle décide le Roi à se laisser enlever. Le projet a,aiL assez <le consistance pour que Mercy•Argenteau, chargé par la cour <l'Autriche de conseiller Marie-.\ntoinelle, lui ail écrit immédiatement, à la date du 15 n1ai, une noie effrayée : « Les projets de Turin font frémir par la légèreté avec laquelle on risque de compromettre le sort de l'État, et il faut lrancber le mot, même l'existence personnelle des sounrains; sans autres mesures ni plans que des suppositions, des conjectures démenties par le bon sens, el par une marche dans laquelle on serait arrêté dès le premier pas par la cruelle catastrophe de voi,· toute la famille roi ale saisie et à la merci d"une populace furieuse, dont on ne peut calculer les atrocités. « ~lais ce qui est l'raimenl aussi inouï que criminel c'est l'idée d'enleiw ie Roi de force ... On n"hésite pas à dire que ceux qui ont la coupable pensée de l'onlèl'emenL forcé du Roi et qui auraient la témérité de la tenter, mériteraient d'en èlre punis d'une peirie capitale. Ce serait une grande faute de s'expliquer avec trop de ménagements sur ce point; il est à espérer el à désirer que la Reine fasse à cet égard quelque violence à la bonté naturelle du Roi et qu'elle l'en(Ja(Je à blâmer ce projet d'une manière sticlte el pré cise. » \ïsi!Jlemenl, Mercy-Argenteau a peur que le Hoi ne décourage pas ces projets a,ec une nellelé rnffisa11te : il se croit tenu d'en démontrer le péril: • Défaut a!Jsolu d'approl'isionnemenls, d"armes, de munitions, enfin de tout ce qui est indispensable à l'armement d'une troupe quelconque, aux moyens de la rendre mobile et de la faire subsister en campagne ... Ce ta-

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