Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

350 HISTOIRE SOCIALISTE Le roi, violemmenl oppressé, ne pul dire un mol. Lafayelle promil en son nom qur loules mesures seraienl prises dans lïnlérêt du p euple. Pui;, un inslanl après, le roi ayanl retrouvé un peu de calme, reparu t au balcon, cl •npplia le peu pie, en termes touchants, de sauver la vie de s p-anles du corps menacés. « Le roi à Paris! Le roi à Paris! • cria la foule. • Oui, je re- , iendrai à Paris, dil le roi, mai, à condition que cc soit avec ma femme el mes enrants.• Il ~aYail lïmpopularilé de la reine el, par celle sorle de conlral avec le le peuple, il la plaçait sous la sauvegarde de la loyaulô palisienne. Louis :\ \ï élail comme une àme mal débrouillée el plus compliquée qu'on ne l'im;iginr. üe môme qu'il y avail parfois de la duplicité dans sa faiblcs,e, il y aYail ,w--i parfois dr la grandeur dans sa bonhomie. • Le ,·oi ü l'a,'is ! • c'esl un de,; mols décisif,;, c'esl une des heures décisiws de la Rholulion ! Yoilà le drame désormais concentré dans la capitale; ,oilà le roi sous la main du peuple, cl aussi les Assembl6es qui ne voudront poinl se séparer du roi. c·esl à Paris que les forces populaires é1aienl accumulée·. C'e,l à Paris, résumé de la France, que l'idée de l'uni lé française élail le plus puissanle. Le roi à Paris, c·esl la cerlilude que la llév olulion sera démocralic1uc et unitaire. Si le foyer de la ,ie publique el dP. l a Révolulion avait élé porl6 en province, une sorlc de fédéralisme el de modérantisme au rail pu prévaloir; pour résister à 1·aclion de Paris considérée dès lors comme di-,idente, la bourgeoisie modérée se seraiL coalisée avec les for ces d'ancien régime, cl la Révolution française n'aurait été qu·une réédition de la Révolution anglaise, une Révolution de compromi5, el non une Révol ulion d"élan, de logique el d'universel ébranlement. Les pauvres femmes du peuple qui partirent de Paris le 5 octobre, au malin, pour aller à Versailles demander du pain, el qui ramcnù renl le roi, onl ainsi joué un r0le edraordinaire, un des plus grands à COUJ> sùr qu·en,egislre l'histoire: elles onl noué le nœud formiuablu de la llévo lulion el ue Paris, et aucune main d'arislocrllte ou de girondin ne le déno uera, aucun glaive prussien, anglais ou cosaque ne le tranchera. C'esl le jour mt'me, Goctobre, que le roi se rendil à Paris. li élJil précéùé d'un grand cortège de femmes qui porlaienl de, branches d'a1bre s, tnarquées sans doute déjà des nuances d'automne; les canons étaient couve rts de feuillages; c'est vers les six heures du soir, c'est-à-dire à la tombée du jour, que le roi arriva; les maisons étaient illuminées, el dans ce crépusc ule étrange, mêlé de splendeur el de mélancolie, la Révolu lion marchail enthousiaste el incertaine; le peuple acclama il le roi, el le roi soulevé par le 0ol d'une vaste mer, allait comme en un rêve vers l'horizon voilé. !Jeure indécis e el bizJrre, où la défaite de la royauté rcs,emblail à un triomphe, où Paris, à demi vainqu,•ur, à demi dupé, se grisait de sa joie bruyante el oubliait les compl ots d'hier. /

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