Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOII\E SOCIALISTE 335 ils donc se désintéresser de loul mouvement qui n avait pas pour olJjet immédiat la conquête du pain? El ~larat ne 1•oil-il point que c'est en participant à toute J'agilation révolutionnaire que les prolétaires accroissent leurs chances d'avenir? Mais Marat voulait mettre la llévolulion en garde contre les passagères exallations: « Le seul IJonhour, ùil-il, donl les 'llix-neuf vingtièmes des citoyens peuvent jouir est l'abondance, le plaisir el la paix. • Conclusion: il ne faut pas laisser trainer la Révolution, car le peuple tomberait bientôt de faligue. El comment hAler la llé1•olution? Comment brusquer l'opération? En concentrant le pouvoir révolutionnaire. Cette idée d'un pollvoir fort, que la Révolution réalisera dans la crise suprèrne du p, ril, par le Comité de saltll public, ~laral la formule dès la première heure, dès septembre 1i89. Dispersée en lrop de mains l'action révolutionnaire languit: il ne füul livrer la ~'rance ni ù l'anarchie des foules surexcitées et aveugles, ni à l'anarchie des assemblées trop nombreuses. Et ~lira! propose : 1• de constituer un jury révolutionnaire liré au sort parmi les citoyens dos sohanle districts el qui exercera au nom du peuple, mais plus exactement que lui, les repré,ailles nécessaires; 2• de subsliluer à l'Assemblée de l'Uôlel-de-Yille incohôreute et souvent impuissante un Comilé peu nomb.-eux et très résolu. Coutre l'Assemblée de l'Hôtel-de-Yille Marat s'acharne, el sans doute, dans le secrel de son cœur .ulcéré, lui en voulail-il, lui, Je bafoué des Académie,, de compter parmi ses membres des sal'anls officiellemeut illuslrês. li la dénonce avec fureur: il écrit contre Deaumarchais, intrigant et agioteur, une page étincelanle de colère: il déclare que plusieurs des élus sont suspects parce qu'ils n'ont pas de domicile légal, logent en gami et ne paient pa, même la capitation. Sa défiance est aussi grande contre les pauvres « déclassés• que contre les riches. Les patrouilles de la garde nationale saisis,ent son journal aux mains des colporteurs. 11 redouble ses attaques. Cité de1ant l'Assemblée d~ l'llotel-de-Ville il lui dit orgueilleusement: • Je suis l'œil du peuple, et vous n'en êtes que le petit doigt. • i,;t toujours il demande que quelques hommes probes, ,-igoureux, à l'esprit rapide, soient chargés de m~ner au but, en quelques jours, la Révolution. Faut-il voir la marque d'un grand sens politique dans lïnsistance avec laquelle Marat demaudc dès l'ouverture du drame celte violeute concentration des pouvoirs, cette dictature de salut public à laquelle recouru! plus tard la Hé10lulion? Ses admirateurs l'ont appelé sou,•ent le prophète: mais ce n·est pas luire preuve de clairvoyance révolutionnaire que de demander des mesures extrêmes avant que l'état des choses les uil rendues possibles, ou mème concevables à un assez grand nombre d'esprits.

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