334 lllSTOIRE SOCIALISTE qui élèvent l11umanit~, a repoussé le vil mêlai dont on 1•oulail payer son dtl\ ouemenl à la patrie. • ~I.,ral ne veut pas que les soupçons du peuple se dissipenl el s'égarent. li ue \'eut pas non plus qu'il use sa force et qu'il cornpromelle la llévolulion pa,· des violences déréglées : « Les émissaires (des aristocrates) répandus parmi le peuple s'elforcenl de le porter aux derniers excôs; ils 1·eulenl le dégoùter de la liberté en ne lui faisant éprouver que les malheurs de la licence. ,, 11aral, ayant ainsi élague Lous les jets téméraires de passion, in vile le peuple à ré0échir aux manœuvres de la conlre-révolulion. Elle a, selon lui, un double but. Elle veut d'abord endormir le peuple par d'ap~arenles concessions. Le coup de théâtre de la nuit du 4 août esl sa,ammenl machiné; les aristocrates se font donné un air de générosité, el ils ont pu éluder ainsi l'affirmation des principes décisifs qui nuralenl sauvé la l\é10lulion. Comment les nobles peuvent-ils se faire gloire de sacrifices qu'ils n·onl consentis que sous la menace des paysans? • Quoi! s'écrie Marat, c'est à la lueur des flammes de leurs châteaux incendiés qu'ils ont la grandeur d'âme de renoncer au privilège de tenir dans les fers des hommes qui ont recouvré leur liberté les armes à la main 1 • En même Lemps qu'elle e,saie de duper le peuple, la conlre-rèvolulion médite de le harasser. Elle ,·eut l'alfoler par de perpétuelles alarmes, l'épuiser de fatigue en lui imposant un service de patrouille el de garde incessant, et elle compte sur l'inévitable lassitude pour ramener la nation à la servitude. del'enue en fin la rorme nécessaire du repos. Les OUI riers, comme eiallés par une ivresse de liberté, s'imaginent qu'elle leur donnera la force do •oulfrir longtemps pour la Rt\l'olution, il,; se Lrompent : cette exaltation tombera vite: • Vous ne tenez qu'un fantôme, vos ateliers sont déserts; vos manufactures sont aban tonnées; le gaiu des ouuiers et des maitres diminuant peu à peu (par l'hiver) avec la longueur des journées, ajoutera à la misère commune; des légions de domestiques mis sur le pavé, angmenteront la foule des indigents. • li faut sortir des fictions el voir clairement la réalité : • Que des dédamatcurs ,antent sans jugement les charmes de la liberté. Elle n'a de prix que pour le penseur qui ne veut pas ramper el pour l'homme a1ipeM par sa lorlune el son rang à jouer un rôle, mais elle n'est rien pour le peuple. Que lui font les llJslilles? li ne les connut jamais que de nom. • El Marat, donnant à ce qu'on pourrail appeler l'espril de classe sa formule la plus étroite, ajoute ces étranges paroles: • c·e,t un sujet de réflexions singulières pour le philosophe que l'ardeur avec laquelle de malheureu, ouvriers onl elposé leurs vies pour détruire ce monument de la tyrannie, qui n'était que pour leurs oppresseurs.• Quoi! les ouvriers de Paris devaient-
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