Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 3l7 nombre des hommes, non domiciliés légalement à Paris, qui fréquentaient le Pdlais-Royal était grand. Le journal Les /lévotutions ,te Paris, <lil en aoùt: • li y a à Paris quarante mille étrangers logés en hôtel garni qui 11esonl pas censés habitants el qui, pourtant, sont citoyens. Ne faisant pas partie de la commune de Paris, ils ne peuvent assister aux délibéralions des districts; mais, comme dans les districts on opine souvent sur des objet, qui n'inlére>sent pas seulement la commune, mais toute la France, les étrangers se sont insensiblement formé un dislricl qui est le Palai,-Royal. • ~n devine que ces hommes, dont beaucoup étaient Yenus à Paris pour suivre de plus près l'aclion rèvolulionnaire, et pour qui la Révolution était comme un ,peclacle émouvant, abondaient clans le sens des motions les plus hardies, les plus décisives ou les plus orageuses. Il n·est pas impos,ible, d'ailleurs, que des émissaires de la diplomatie européenne, tels que sera, par exemple, le juif l':ph.-aïtn, envoyé du roi de Pru,se, fusse nt môlés à celle foule remuante cl changeante où aucun contrôle n'était possible. Lorsque, un an plus lard, en décembre ii90, ~Iira beau trace à la Cour le porlrail elîrayanl de cc qu'il appelle • la démagogiP frénétique de Paris », il signale« une multitude d"élrangers indépendants qui soufflent la discorde dans tous les lieux publics». li empruntait sans doute au P,tlais-Royal, un trait de son tableau. )lais quelle que lùl la parl de ces éléments flottants ou même suspects, quelle que tût la part de lïnlrigue orléaniste ou cosmopolite, c·était, en somme, labourgcobie révolutionnaire parisienne, en ses éléments les plus a1(leuts, qui ùotninail cl dirigeait au Palais-Royal. Il y avait d'i,bord ceux que, dans le langage cons~rrnte11r, on appelle • des déclassés•• c'csl•à-dire tous les hommes qui, n·ayant pas trouvé ,;ous l'ancien régime une situation convenable à leurs aptitudes, ou à leurs amlJiLions, ou à leurs appétit~, attendaient Lous les biens, la richesse, la noto- .-iélé, racLion, l'éclat et !"ardeur de la vie, d'un immense mouvement social qui allait renouveler toutes les administrations publiques, susciter d'innom1,rables ronctions électives, multiplier les occasions où l'énergie esl un~ lorLune, el dans le déplacement brusque d'une grande masse de propriété,, olîrir aux convoitises habiles de riches proies. Qu"on se figure l"e!îcrvescence de ces hommes, lorsque la Révolution pa· raissait compromise ou, Lout au moins, arrélée, c'est-à-dire diminuée précisémenl 11•• rrt inr,nnn11 où ils mettaient leur espoir. Qu·on i111agi11eleur colère lorsqu'ils apprenaient que la coalilio11 des modérés el de la droite de l'Assemblée allait donner au l\oi le veto ab,olu, c'esl•it-dirc, sans doute, maintenir et prolonger toules les influences d"ancien r(gimc. Qu"on imagine aussi la fureur des rentier;, lorsque le quasi rétahli,se-

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