Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

I 316 ;IIS'l'OlllE SOCIALISTE mense el toujours agilé. Avec ses bosquets, ses galeries, la complicaliou de ses passages et de ses boutiques, c'élail un rendez-vous de plaisir où abondaient, depuis bien des années, intrigants, financiers, chevaliers d'industries, filles de joie. El, dès les premiers jours de la Révolution, ce fut un rendez-vous révolutionnaire. c·e~t là que le 12 juillet Camille Desmoulins, montant sur une table et arborant à son chapeau une feuille d'arbrn en guise de cocarde, annonça l'imminence du Coup d'État militaire, la prochaine • Saint Barthélémy des patriotes •· El, depuiô, le Palais-Royal élail resté le foyer des nouvelles, des motions, des agitations. li esl difficile de fixer el même de saisir la physionomie sociale de celle cohue toujours mouvante, renouvelée sans cesse et mêlée d'éléments très variés. f:v idemment, l'absence même d'organisation favorisait le jeu de l'intrigue : il était lacile à une faction de glisser-là ses mols d'ordres, ses nouvelles tendancieuses, el d'agir ainsi, de proche en proche, sur !out Paris. li est certain que le duc d'Orléan;, ennemi passionné de la Cour, avait, au Palais-Royal, des nouvellistes à gages, des courtisans empressés qui travaillaient l'opinion à son profit: ce n•e~t pas spontanément que la foule décida, le 12 juillet, de porter dans les rues le busle du duc d'Orléans en même temps que celui de Necker. Jusqu'où voulait aller le duc? Espérait-il g·uun mouvement révolutionnaire le porterail au trône? Peul-Nre ce personnage équivoque, vicieux et faible, usé par la basse débauche el la ba,se magie, n'avait-il aucun ferme des,ein: niais tous les intrigants el tous les parasites, qui connaissaient le chemin de sa fortune el de ses vices, se flallaienl de l'cs1,érance d'un immense p0U\'Oir et d'une magnifique orgie s'ils inslallaienl, dans le palais du Roi, leur mailre taré. El il semble bien qu'un momenl ils comptèrent sur le concour. de ~lirabeau. Celui-ci, d~s les premier.; jours de la Révolution, làtail, pour ainsi dire, de sa main puisrnnle, Lous les in,L, umenls ct·aclio11épars autour de lui : et il se peut qu'il ail vu, dans le duc d'Orléans, si ravcuglemenl de la Cour et la sotliserle LouisX\'1 mellaienl à bas la dynastie, une sorte d'en cas princier, dont la !\évolution ferait son roi. Les amis ùu duc, à Paris, poussaient certainement la popularité de Mirabeau pour s'en servir. Sans celle sorte c1·enlreprise obscure, on s'expliquerait mal qu'à la fin craoùl el au commencemenl de septembre, au moment môme où ~Iirabcau soutenail, au fond, le vela absolu du Roi, Je bruit ail élé répanrlu au Palais-Royal que les conlre-révolulionnaires, parli,ans du veto, voulaienl se débarrasser de Mirabeau, môme par le meurtre. li y a là, éviùc1111uent, une falsiOcation systématique et calculée des faits. ,Le

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