Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

UISTOIRE SOCI.~ LISTE 299 bution destinée à celle partie du service public qui concerne les ministres des autels: c'est le rnbside avec lequel la Nation salarie les officiers de morale el d'instruction. • Pendant que se poursuivaient les débats, le clergé, sentant l'inutilité d'une résistance qui le rendrait odieux aux peuples sans lui congerver les dimes, décida brusquement d'en faire le sacrifice. Très probablement aussi les curés, irrités de la répartition injuste des dimes qui allaient enrichir IPS gros bénéficiaires des aI,bayes, et espérant que la rémunération nationale directe serait plus équitablP., obligèrent le haut clergé à cette démarche. Dans la séance du 11 aoOt, l'archevêque de Paris et le Cardinal de la Rochefoucauld, au nom du clergé de France, firent solennellement abanrlon des dimes sans indemnité, et l'article, qui les abolissait sans rachat, fut adopté à l'unanimité. Ainsi la force interne de la Révolulion désagrégeait les résistances. La grande Assemblée bourgeoise, si secouée peu de jours avant par la tourmente des paysans soulevés, pouvait, à ce moment précis, se f'éliciter de son œu 1•re. Elle apportait aux paysans, par l'abolition de la dime, un grand bienfait : elle l'attachait ainsi, étroitement, à la Révolution et, en effet, trois ans plus Lard, quand les ennemis pénétreront en France et demanderont aux paysans : « Pourquoi donc aimez-vous les révolutionnaires? • la première réponse sera : • Ils ont aboli la dime. » L'Assemblée espér;iil aussi que, grâce à l'autorité morale de ce grand bienfait, elle pourrait plus aisément maintenir l'ordre dans les campagnes. Dans l'o{dre féodal, aile avait été beaucoup moins hardie et beaucoup moins logique. Elle avait maintenu en fait les Jouissances foncières des nobles tout en abolissant juridiquement la féodalilé. La force de la Révolution fera bientôt éclater ce système équivoque : mais, peut-être, convient-il de se féliciter qu'en dissociant la propriété ecclésiastique et la propriété féodale, l'Assemblée bourgeoise ail un moment divisé les forces ennemies. En ménageant d'abord la noblesse et en isolant le clergé, elle finit par obtenir, pour J'abolilion pure et simple des dimes, un vote unanime qui donnait à celle grande mesure d'expropriation révolutionnaire, une force morale incomparable et je ne sais quoi de définitif'. Bie11lôt nous verrons l'Assemblée se débattre dans les difficultés inextricables de son système de rachat pour les droits féodaux. Bientôt nous entendrons à non veau le grondement de colère des paysans déçus : mais, malgré tout, les journées des 4 et H aoQl avaient, tout ensemble, hâté et affermi la marche de la Révolution. L'Assemblée nationale, ayant ainsi commencé Je règlement de ses compte; avec les paysans, peut reprendre la grande discussion des droits de l'homme el des premiers articles fondamentaux de la Constitution. J'ai

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