300 TIISTOinE SOCIALISTE Mjà défini le sens de la déclaralion des droits, à propos des cahiers qui en contiennent les linéaments. Je n·y insisterai point. El, pourtant, ces hautaines déclarations ~e principes rnrgisseanl en pleine lempôle, el ra dominant, ont Je M sais quelle lraRique beauté. L'Assemblée, pendant qu'elle s'obstinait à dresser au-dessus des événements le droit humain, éprouvait, tout ensemble, un grave enthousiasme el une sorte de malaise. La dilllcullé pour elle était de concilier le droit naturel, tel qu'elle le concevait, c·esl-à-dire antérieur et 8Upérieur aux sociétés, avec le droit historiqur. Oui, l'homme a le droit primordial d'aller el de venir, de travailler, de penser, do vivre, et de déployer en tout sens sa liberté sans autre limite que la liberté d'autrui. Oui, quanrt il renonce à l'isolement tle l'état de nature, el quïl accepte ou recherche les rapports sociaux, cc n'est point pour aliéner sa liberté première, c·est pour la fortiOer et la garantir : et Sieyès, dans sa belle déduction métaphysique, a le droil de dire « que l'étal social favorise et augmente la liberté >. lllais, s'il en est ainsi, si l'homme ~oit retrouver dans l'état social el dans l'organisation politique sa liberté primitive alTermie et agrandie, quel est le sens, quelle est la légitimité des puisrnnccs d'autorité qui subsistent et avec lesquelles doit compter la Révolution·/ Quel est, par exemple, le litre de la royauté? el à quelles profondeurs a-t-elle sa racine? Sans doute, les théoriciens révolljtionnaires peuvent dire qu'elle est une heureuse combinaiso11, suggérée par l'expérience des siècles, pour amortir le choc des libertés rivnlcs et assurer cette perpétuité de l'ordre qui est la condition même de l'indépendance. li n'en est pas moins vrai que la royauté est ainsi réduite au rôle d'un grand expédient historique : c'est la liberté des individus humains qui est première el fondam~ntalc et c'est clic, par conséquent, s'il y avait conflit avec la royauté, qui doit l'emporter sur celle-ci. Dans la déduction de la Constituante il y a toute une période mé laphy~ique où la royauté n'est pas encore née, où on ne sait même point si cil e apparaitra, et plus d'un conslituanl avait hàte de retrouver l'ordre concret, l'ordre de la loi positive qui pénètre de droit naturel la réalité, mais ne l'abolit point. JI leur semblait dangereux de créer ou de reconnaitre une patrie du droit, antérieure et supérieure à l'histoire, el où les grandes ·i11stitu1ions monarchiques n'avairnt point leur royer. Qui sait si la liberté primitive et naturelle, se développant à nouveau dans le système social, n'allait point la bouleverser? c'était comme une splendide nuée venue des horizons primitifs, et qui passait sur les cités éblouies et inquiètes. Aussi les modérés, Malouet, Mounier, ne cessent-ils de rappeler que la France n'est pas née d'hier, qu'elle ne sort pas du rond des bois, qu'elle ne survient pas brusquement au courant des siècles.
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