Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOIRE SOCIALISTE 29o Oui, aurait-il dit à !"abbé de ~lontcsquiou, ce n·esl pas aux oisifs que doit aller le produit net de la terre : mais il ne faut pas plus qu'il aille à l'oisiveté d'Eglise corporati vernent organisée qu'à l'oi ,heté individuelle du seigneur el du bourgeois. Le produit net de la terre doit se diliser entre la Xation elle-même, pour de grandes œu1res d"intérêl commun, el ceux qui travaillent le sol. Si le culte est, en effet, un service public, il sera entretenu par la portion du produit net que retiendra la Nation : mais, bien loin de laisser à une partie de la propriété un caractère corporatif, il faut marquer la propriété toute entière d'un caractère public. Rien aux oisifs, quels qu'ils soient, obils de château, de maison bourgeoise ou d"Eglise : tout à la Nation et aux paysans! 1lais le communisme était si étranger, même au, plus hardi;; des démocrate~, que nul constituant ne songea à utiliser, contre toute propriété oisive, la vigoureu,e attaque de l'abbé de Montesquiou contre les économistes et • les gros propriétaires libres el oiseux ». En lait, le discours de l'ablJ6 de Montesquiou était une tactique de désespoir. Sentant la propriété ecclé,ia,lique menacée et la propriété des dimes perdue, il se vengeait en ébranlant la propriété individuelle. L'ab!Jé Sieyès, si hardiment rél'olutionnaire dans l'organi~ation des pou• voirs publics, mais si conservateur dans la question des biens (l'Eglise, e.saya, lui au-si, une diversion du même ordre. li présenta l'abolitiùn des dimes sans rachat comme un caJeau aux propriétaires riches. El cela était vrai en quel11uemesure : « Je connais aussi bien qu'un aulre tous les inconvénient~ de la dime ... Mai, parce que la dime e,l un véritable 0éau pour l'agricullurr, parce qu'il est plus néc~ssaire d"all'rancbir les terres de c ·tle char.:e que dt>toute autre redevance, el parce qu'il est c,•rtain encore que le rachat <le la dime prut être employé plus utilement et plus également que la' dime elle-même, je n'en ronclus pas qu'il faille faire présent d"en,·iron i0 millions de rente aux propriétaires fonciers. • Quand 1~législateur exi!;e ou reçoit des sacrifices dans une circonstance _comme celle-ci, ils ne doivent pas tourner au profil des riches; 70 millions de rente étaient une ressource immen,:c, elle e,t perdue aujourd"hui... Je cher~he ce qu'on a lait pour le peuple dans celle grande opération, el je ne le trouve pas, mais j'y vois parfaitement l'avantage des riches : il est calculé sur la proportion des fortunes, de sorte qu'on y gagne ct·aulanl plus qu'on • e,t plu~ riche. • Au~si,j'ai e11tenduquelqu'un remercier l'Assemùlée de lui avoir donné, par son seul arrêté, 30.000 livres de rente en plus. lleaucoup de personnes se persuadent que c'est aux fermiers qu'on a fait le sacrifice de la dime. C'est connaitre bien peu les causes qui règlent partout le prix des baux : en gé-

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