Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

!00 HISTOIRE SOCIALISTE néral, toute diminution d'impôt ou de charge foncière retourne au protl.t du propriétaire. • Les gros propriétaires n'en deviendront pas plus utiles ou n'en feront pas mieux cultiver Jeurs terres, parce qu'au lieu de i0, de 20.000 livres de rente ils en auront, à l'avenir, 11 ou 22. • Quant aux petits propriétaires, qui cultivent eux-mêmes les champs, ils méritent cerlainement plus d"intérAt : hé bien! il était possible de les favoriser dans le plan de rachat que Je propose : il n·y avait qu"à faire dans chaque paroisse une remise sur le prix total du rachat, à l'avantage des petits cullivateurs et, proportionnellement à leur peu d'avance. • Toute celle argumentation est spécieuse et habile mais, malgré !'ennui d"abandonner en effet les dimes à de grands et riches propriétaires, la Révolution agit sagement en décrétant leur suppression sans rachat. Avant tout, puisque la Constituante n'apporlait aux paysans qu'un allègement illusoire dans l'ordre féodal, il fallait qu"elle les encourageât et les liàt à elle par Je bienfait immédiat de la suppression des dimes. Les dégrèvements légers, et d'ailleurs bien dirficiles à calculer, que Sieyès offre pour les propriétaires-cultivateurs, ne suffisent pas. D"ailleurs, ce qui donne à la suppression des dimes sans rachat une valeur vraiment révolutionnaire c·est que, par là, l'Assemblée s'obligeait elle-même à aller plus loin dans l"expropriation de l'Église. Comment pourvoir, en e!Tet, au traitement des curés? Avec les impôts? Ils ne rentraient plus. La suppression pure et simple des dimes aggravait donc encore le déficit et acculait l"Assemblée à l'aliénation générale du domaine ecclésiastique. A côté de ces deux grands résultats révolutionnaires, la popularité de la Révolution dans les campagnes et la nationalisation des biens du clergé, qu'importait l'ennui d'un cadeau de quelques millions aux grands propriétaires fonciers 1 Sieyès avait bien vu l'engrenage d'expropriation où entrait l'Assemblée, et voilà pourquoi il ré~istait dès l'origine. Seul, dans la pre,se révolutionnaire, l'étourdi el vaniteux Brissot, toujours en quête de singularité, fit écho à Sieyès. A !"Assemblée, l"abbé de Montesquiou et Sieyè;; ne furent soutenus par personne. La noblesse, égoîslement, garda le silence. Non seulement elle calcula que l'abandon des dimes accroissait son revenu foncier, mais elle pensa surtout que cette satisfaction immédiate, obtenue aux dépens du clergé, rendrait les paysans moins àpres à poursuivre l'abolition des droils féodaux : elle espérait détourner l'orage sur les biens ecclésiastiques. Calcul médiocre! car les paysans, au contraire, comprendront d'autant moins la nécessité du rachat pour les droits féodaux, 11u'ils auront été dispensés du rachat pour la dime: el, quand le Nation aura sécularisé les biens du clergé el créé le formidable appareil des assignats, il lui sera plus ais6 d'appliquer aux biens des émigrés Je même système d'expropriation.

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