Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

281 IIISTOIHE SOCl,\LISTE le conlrnir rl n11'mc le reroult'r. Uès qu·on légiférait, il devenait malaisé ùe dt"-ci,lcr rr,1i1·oprialion des nobles sans indemnité, puisque mérne dans leurs rahi,'rs de paroissrs, les paysans, de sang-froid, n'avaient pas osé demander celte c,ptopriation brutale el qu'ils avaient seulement réclamé le raclwl. Par 1111 arri:lè de L\sscmbléc, on pouvait faire reculer la Révolu lion jusqu'aux cahiers, abolir les effets décisifs du vaste soulèvement spontané des paysans cl leur ;1rrachcr doucement la riche dépouille féodale qu·on ne pou- ,ail leur reprendre de force. Derrière la majesté de l'Msrmblée nationale, la noblesse opérait un retour offensif, cl c'est le Tiers-Elal lui-méme qu"elle engageait il sa place. Ainsi s·c,pliquc lïnsislance avec laquelle :'ioaillcs el d'Aiguillon affirment que les droits féodaux sont une propriété sacrée el que !"Assemblée ne peut en prhcr les nobles que moyennant une juste et même une !arec indemnité, au denier 30. Pour que l'Assemblée tout entière ait accueilli ces deux discours avec des transports d'enlhousia,me, il raul vraiment que le Tiers-Etal ftH dans une étrange perple,ilé. li lui élail dilficilc de comballre les paysan::. li ne ,oulail point loucher à la l~eère au droit <le propriété: rapparenl sacrifice des nobles lui semlJla ~ans doulè une solution. li serait assez triste, vraiment. que l'abolition méme simulée du privilège féodal, ftH seulement reffcl d'une 111a11œunc des nobles, et il serait douloureux c1uc l'àprc voix paysanne n·eùL pas retenti, en celle minute historique, dans la grande A,sembléc bourgeoise, devant ces seigneurs qui venaient étaler je ne sais c1uel sacrifice équivoque où il entrait sans doute, mOme à leur insu, autant clc calcul que de générosité. )lais un obscur député de celle province bretonne, qui avait tant souffert de la dureté des nobles, se leva, el on eùl dit que des soufTrances longtemps contenues el comme ensevelies faisaient soudain éclater la terre. Oh I le beau discours, véhément et rude, tout plein d·une mélancolie irritée\ Ce n'est pas que Leguen de Kérangal ail vu ou dénoncé une intrigue dans l'olfre si habile des nobles; il termina au contraire « en rendant hommage aux vertus patriotiques des deux respectables préopinanls qui, quoique seigneurs distingués, ont eu les premiers le courage de publier des vérités jusqu'ici ensevelies clans les ténèbres de la féodalité el qui sont si puissantes pour opérer la félicité de la France •· Ce n'est pas non plus qu'il ail osé proposer l'expropriation sans indemnité ou que peul-élrc même il ail osé y songer. Au contraire, il demande la faculté de rachat el il olfrc le remboursement, au denier vingt ou vingt-cinq m~me, de l'odieux droit de moulure prélevé par le fermier du seigneur sur le pauvre 1>aysan qui fait moudre son blé. li indique même que les droits féo Jaux continueront à être payés jusqu'à leur enlier remboursement en c:i-

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