Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

llfS1'O1 HE SOC TA LISTE :?83 daine ivreSSP de sacrifice, comme une orgie du droit. Les motions du vicomte de Noailles el du duc d'Aiguillon, évidemment rédigées d'avance el très calculées jusque dans le détail attestent au contraire un plan médité el exécuté de sang-froid. Que voulaient-ils donc• li serait téméraire à coup s0r de prétendre qu'aucun élan ou, si l'on veut, qu'aucune illusion de générosité ne se mi\laiL à leur acte. li vient une heure où certains privih'ges surannés cl d'oilleurs peu fructueux, pèsent même aux privilégiés, ou du moins à quelque,-uns d'entre eux. Mais il est évident aussi que l'iniLialive des deux nobles e-Lun ad~ politique Lrès savant. lis sonL mieux renseignés que la plupart des bourgeois ré\'OluLionnaires, légistes cl citadins, sur le véritable espri~ des campagnes, el le vicom le de Noailles insiste en termes que j'ai soulignés sur le vrai sens des cahiers de paroisses, où apparait le fond de la pensée paysanne. y Les nobles comprenaient donc que s'obstiner ouvertement à la défense des droits féodaux, c'était engager contre tout le peuple des campagnes une lutte sans lrève et sans merci qui rendrait le château inhabitable au seigneur. El avec quelles forces entreraient-ils dans celle lutte? Le vicomte de Noailles le dit expressément: avec la seule force dïmpopu larilé acquise par la noblesse dans les premiers mois de la Ré,olution. Sans doute la noblesse pouvait appeler à son ~ecours, dans ce combat contre le paysan, la bourgeoisie hésitante. Mais les nobles comprenaient bien que les bour~eois ré\'Olutionnaires, quel que fOl leur efîaremenl de légistes el de propriétaires devant les paysans révoltés, ne pouvaient s'engager à fond en ce combat, el les nobles, en fin de compte, feraient, de Jeurs personnes ou de Jeurs biens, les frais de celle guerre. li valait mieux, par une manœuvre hardie, prendre devant l'Assemblée l'initiative du mouvement. A celte iniLialive les nobles avaient tout à gagner, rien à perdre. D'abord ils pouvaient du coup se refaire dans les campagnes une popularité qui leur assurait une reprise d'influence et de pouvoir. En face de ces bourgeois des villes, méticuleux, timorés cl qui tremblaient si forL pour la propriété qu'ils étaient tentés de la défendre jusque sous l'odieuse forme féodale, voici de grands seigneurs hardis qui sem blaienl offrir le sacrifice de leurs privilèges les plus délestés. EL que perdaient-ils? Ilien. Car ces privilèges qu'on abandonnait étaient abolis de fait par l'universel soulèvement des paysans; comment aller leur reprendre ces litres brûlés? Comment maintenir autour du cbàteau une ombre de terreur et de respect? lis l'avaient dissipée à jamais du feu de leurs torches. Mais il y avaiL mieux, et la proposition de Noailles el d'Aiguillon était le seul moyen, pour les nobles, de retrouver par le rachat l'équivalent des privilèges alJandonnés. Dans Jeurs rassemblements tumultueux, les paysans détruisant les chartriers, prétendaient bien s'affranchir à jamais du cens, du champart cl du reste, sans indemnité. li fallait se hâter de légaliser le mouvement pour

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