Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

/ IIISTOlfiE SOCIALIS'l'l1 reprèsenlanl c1·une de ces la111illesd'arislocrales qui, depuis Law, avaient spéculé, accaparé, monopolisé: c'est le duc d'Aiguillon. Il parle, avec plus de force, dans !e sens du vicomte de Noailles : « Ce ne sont point seulement des brigands qui, à main armée, veulent s'enrichir <!ans le sein des calamités: da11splusieurs p,·ovinces le peuple tout entier forme tmc ligue pour détruire les châteaux, pour ravage,· les terres, el surloul pour s·emparcr des chartriers, où les litres des propriétés féorteles sont en dl'pôl. Il cherche à secouer un joug qui depuis lanl de siècles pè,e sur sa lèle, el il faut l'avouer, Messieurs, celle insurrection, quoique coupable, (car Loule agression vi11lente l'esl) peul trouver son excuse dans la vexation dont il est la victime. Les propriétaires des fiefs, des terres seigneuriales ne sont, il faul ra vouer, que bien rarement coupables des excès dont se plaignent leurs vassaux; mais leurs gens d'affaires sont souvent sans pitié, et le malheureux cultivateur, soumis au reste barbare des lois féodales qui subsistent encore on France, gémit de la contrainte donl il est la victime. Ces droits, on ne peut se le dissimuler, sont une pl'opriélé et toute prop,·iété est sacrée; mais ils ,ont onéreux aux peuples el tout le monde convient de la gêne continuelle qu'ils leur imposent ... « Je ne doùle pas que les propriétaires de fiefs, les seigneurs de terres, loin de se refuser à cette vérité, ne soient disposés à faire à la justice le sacrifice de leurs droits. Ils avaient déjà renoncé à leurs privilèges, à leurs exemptions pécuniaires; et, dans ce moment, on ne peut pas demander la renonciation pure el simple de leurs droits féorlaut. « Ces d,·oits sont leur propriété. Ils sont la seule fortune de plmiem·., parlic11liris, et l'équité défend d'exiger l'abandon d'aucune propriété sam accu,·dcrune juste indemnité au propriétaire qui cèdeTagrémenl de sa convenance à J'avantage public. « D'après ces puissantes considérations, Messieurs, et pour faire sentir aux peuples que vous vous occupez el1lcacement de leurs plus chers intérêts, mon vœu serait que l'Assemblée nationale déclarât que les impôts seront supportés également par tous les citoyens en proportion de leurs facultés, el que, désormais, Lous les droits féodaux des fiefs el terres seigneuriales seront rachetés par les vassaux de ces mêmes fiefs el terres s'ils le désirent; que le remboursement sera porté au denier fixé par l'Assemblée, el j'estime, dans mon opinion, que ce doit être au denier 30, à cause de l'indemnité à accorder (c'est-à-dire que pour se libérer d'une redevanc8 féodale, il faudra payer trente fois, en capital, le montant annuel de celte redevance). • Et comme conclusion, le duc d'Aiguillon soumet à l'Assemblée une motion très dèlaillée en huit paragraphes. Quel est le sens de celle intervention des deux grands seigneurs? Toul d'abord, il faut écarter l'idée d'un entrainement, d'une sorte d'improvisation généreuse du cœur. On a trop représenté la nuit du 4 août comme une sou-

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