Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIIS1'O11\E SOCIALISTE tion du temple national pour nous commander d'être heureux? Qui vous fait ce commandement? votre mandataire. Qui vous donne des lois impérieuses? votre mandataire, lui qui doit les recevoir de vous, de nous, Messieurs, qui sommes revêtus d'un sacerdoce politique el inviolable; de nous enlln de qui seuls, vingt-cinq millions d'hommes attendent un bonheur certain, parce qu'il doit être consenti, donné el reçu par tous. • Le marquis de Brezé s'approche du président et lui dit: « Monsieur, vous avez entendu les volontés du Roi. • Mirabeau se lève indigné, véhément, el de toute la puissance de sa voix et de son geste:« Oui, Monsieur, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées a11 Roi; et vous, qui ne sauriez être son organe auprès des Etals Généraux, vous qui n'avez ici ni place ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, Je déclare que si l'on vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force; allez dire à votre matlre que nous sommes ici par la force du peuple el qu'on ne nous en arrachera que par la force des balonnelles. • Toute l'assemblée s'associe d'un cri à ces paroles. Sans dire un mot le maitre des cérémonies se relire: l'assemblée reste un moment silencieuse et Sic~•èsla ramène à l'entière conscience de la réalil6 et de son droit par ces mols décisifs el calmes: • Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier: délibérons. » Mirabeau, comme à la veille du combat, veut revêtir les élus de la na lion d'une armure d'inviolabilité. L'assemblée adopte un décret qui déclare que la personne de chaque député est inviolable; el que quiconque portera alleinle à ce droit supérieur sera infâme el traitre envers la nation el coupable du crime capital. S'étant ainsi armée elle-même de la foudre, l'assemblée se sépara, el s'ajourna au lendemain matin. Ainsi finit celle étrange Journée de coup d'Etat manqué. Par quelle aberration la Cour, provoquant ainsi la Révolution, ne s'était-elle point préparée à écraser d'emblée Loule désobéissance? Le Tiers-Etal brave, sur l'heure, l'ordre du Roi: et le formidable appareil militaire qui enveloppait l'Assemblée reste inactif el inutile. La Cour n'avait-elle point prévu la résistance annoncée pourtant dès le :20? pourquoi 6Lail-elle si hautaine envers la nation quand elle n'osait même pas congédier Necker désavouant le roi? Contradiction des pouvoirs déclinant. dont la violence déréglée se dissipe el se dément-elle-même. Le coup retentissant el vain frappé par le Roi semble n'avoir eu d'autre efTeLque de Mler la réunion des ordres. La minorité de la noblesse comprend qu'il faut opter entre le coup d'Etat et les Communes: et elle va résolument au, Communes: de même le clergé: el pour couvrir d'un voile décent la défaite du haut clergé abandonné et comme renié par les curés, le Roi, par une fellre du Z7 juin, invite l'ordre du clergé tout entier à se réunir aux communes.

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