Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IJISTOIRE SOCIALISTE 2n Le lundi malin 22, des hér~uts d'armes annoncent que la séance royale est ajournée au lendemain 23. Bizarre mélange de ,iolence el d'atermoiements. Ce retard d'un jour permet à la majorité du clergé d'exécuter sa décision el de se réunir aux communes. Le Tiers-Etat, devenu par sa volonté Assemhlée nationale, siégeait dans l'église Saint-Louis, quand les curés firent leur entrée cl annoncèrent leur résolution de délibérer en commun. Ili, furent accueillis par des applaudissements enthousiastes. Cette r1:union, la veille même de la séanc c royale, donnait au clergé lui-même une attitude quasi révolutionnaire. Yisiblcmcnt, le bas clergé était fatigué des demi-mesures: il venait d'adresser au, arche1éques et évêques une lellre hautaine, leur rappelant que la décision de la majorité faisait loi pour l'ordre tout enlier. Le vent de la Révol ulion commençait à soufaer en tempête quand le [loi, mené par les princes el le haut clergé, tenta de lui oppo,er ~on coup d'Etat du 23. Un 1'011nidablcappareil de violence el de menace était dres~é, au matin du jour royal, sur les pas des Communes. Cne nombreuse garde de ,oldals en1eloppait la Salle des Yenus; dans les rues environnantes el ,ur J'a1enue de P,,ris étaient placés des délac hemenls de gardes françabes et subses, de gardes de la prévôté el de la maréchaussée, el des barrières coupaient les principales voies. Eviùemmenl, il fallait écarter et refouler le peuple qui, à grands !lois inquiets, venait de Paris pour assister à la lutte si dramatique de la \lévolulion commençante contre le dcspofüme. L'entrée de la salle était rigoure,,,emenl interdite au public. La conlre-R6volution redoutait déjà les maniblalions des tribunes el rien ne nous renseigne mieux, que toutes ces précautions, sur l'étal de l'es vrit public. A ta séance d'inauguration du 5 mai, les galeries étaient pleines de spectateur, el le Roi s'était montré sans embarras « à son peuple •· Cu mois et demi après, c·esl dans le hws clos d'une séance toute militaire que la Royauté menaçante, mais troublëc, lancera son défi aux représentants de la iSation. Les portes de la salle s·ouuenl, et lf. de Brezé grand maitre des cérémonies fait entrer d'abord les deux ordres prililégiés. Plus d'une heure sous la pluie, les communes allenùenl: ou plutôt c·esl la nation même qu'on laisse ainsi dans la boue. Jndignés, les députés ùe ia nation menaçaient de se retiretirer quand leur tour d'entrée arrive enfin. Le Trône était placé daJJs le fond de la salle : le clergé était placé àgauche el la noblesse à droile; le Tiers-Etal était au centre comme au 5 mai. A relrouyer ainsi les trois ordres dispo-és pareillement dans la même salle, on pou,ait se croire revenu au premier jour. Mais, entre ces deux dates, il y y avait toute une Révolution: el en attenùanl l'arrivée du roi quel drame secret dans toutes ces consciences l Les députés du Tiers étaient engagés dans une partie où ils jouaient leùr tête avec la liberté de la nation. Le roi,

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