Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

246 l!ISTO!fiI;; SOCIALISTE droit•· Encore nn pas el ce sera la réunion sans réserve. Bouleversé, le cardinal de la Rochefoucauld et !"archevêque de Paris, courent à Marly où élait le Roi : et là, sous l'inspiration cléricale, le coup d'Elal royal esl décidé. Le lendemain 20 Juin à 9 heures du malin, quand Bailly, président de l'Assemblée nationale, C:lles deux rncrétaires se présentent à la prrte de l'entrée principale, ils la trouvent gardée par des soldats! le président demande l'officier de garde._Le comte de Varsan se présente, et dil qu'il avait ordre d'empêcher l'entrée de la salle à cause des préparatirs qui s'y faisaient pour une séance royale. Le pré,idenl proteste el déclare • la séance tenante •· Qu'importe que le local soit clos! L'Assemblée a déclaré qu'il y avait séance ce malin-là à neuf heures : il y a séance. El se liendrail-elle dans la rue il y aurait encore séance. Ainsi .Je veut la volonté de la Nation, qui est la loi supérieure à Ioul. Les députés, sous la pluie ballante, cherchent non un abri, mais une enceinte où ils puissent délibérer. Un local assez vaste servait pour le jeu de Paume: c'était une grande salle ,,ilrée, donl les murs, nus, étaient coupés à mi-hauteur par des galeries en bois. C'est là que s'assemble la Nation, et c'esl là que Lous les députés, sauf un, Martin d'Auch, font, sur la proposition de Mounier, le serment de ne se séparer que quand la Conslilution serait faite. C'est le grand légiste Target qui a rédigé le texte: « L'Assemblée nationale, considérant qu'appelée à fixer la Consqtution du royaume, opérer la régéné• ration de l'ordre public et maintenir les vrais principes de la monarchie, rien ne peul empêcher qu'elle continue ses délibérations dans quelque lieu qu'elle soit forcée de s'établir, et qu'enfin, partout où ses membres sont réuni,, là est l'Assemblée nationale. « Arrête que tous les membres de celle AssemlJlée· prêteront, à l'instant, serment solennel de ne jamais se séparer, et de se rassembler partout où les circonstances !"exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du royaume soil établie et affermie sur des fondements solides, el que le dil serment étant prêté, tous les membres et chacun d'eux en particuli~r confirmeront, par leur signature, cette résolution inébranlable •· Ainsi, tous les élus du Tiers, à celle heure de grand péril, se lienl les uns enYers les autres et tous ensemble à la Nation d'une chaine sacrée. Us peuvent aITronter la séance royale annoncée pour le 22juin et lo coup d'Etat; ils portent en eux la double majesté de la Nation et du serment. Le lende• main, 21 juin, étant un dimanche, l'Assemblée ne siégea poinl ce jour-là; mais, pour bien marquer la continuité de son action, que rien désormais ne pouvait rompre, elle s'ajourne au lundi 22 el elle arrête, en outre, que si la séance royale a lieu dans la salle nationale, tous les membres y demeure• ront, après que la séance sera levée, pour continuer les délibérations et les travaux ordinaires. La fameuse réponse de Mirabeau à de Dreux-Brezé ne sera que la traduction de ce vote unanime des grands bourgeois révolutionnaires,

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