!48 HISTOIRE' SOCIALISTE dont eux-mêmes subissaient encore Je prestige et qu'ils s'e!îorçaienl dans leur pensée de ~éparer des privilégiés allait-il appesantir sur eux la main des soldais? el les cachots d'Etat recevraient-ils bientôt les grands bourgeois enchainés? La noblesse, étonnée de l'animation croissante de sa minorité dissidente jetait un regard étrange sur ce Tiers audacieux qui avait osé se dire la nation. On allait Je mater sans doute el l'humilier : mais n'allait-on pas aussi consacrer à jamais la toute-puissance royale el ministérielle et l'abaissement définitif de la noblesse dans la commune dégradation? Qui sait d'ailleurs quels éclairs pouvaient jaillir de ce Tiers l'évollé, de celte masse sombre d'hommes de loi devenus des hommes de Révolution? Peut-être aussi quelques-uns même des plus intransigeants c?mme Cazalès, se disaient-ils avec quelque regret que leur parole retentirait bien plus puissante et glorieuse dans l'Assemblée générale de la nation que dans l'étroite enceinte de la noblesse séparée. Seuls, les hautains prélats qui avaient machiné tout ce plan de Contre-Révolution triomphaient dans Je secret de leur âme, du coup d'Etat prochain qui raffermirait le Trône et grandirait l'autel splendide, chargé de l'offrande des peuples. Pourtant, la résistance des curés, la défection même de quelques hauts prélats comme l'archevêque de Bordeaux devaient jeter quelque trouble en ces cœurs rancuneux. Toute c,ette allente diverse eut été poignante si elle n'etlt élé comme tempérée par un doute: le roi n'agissait-il point trop l.aJ'd? li semble que déjà trop de choses étaient accomplies pour que l'intervention royale pOl changer brusquement la direction du destin: et les députés du Tiers, en décidant qu'ils continueraient à siéger après la séance royale semblaient réduire d'avance le coup d'Etat projeté à un événement inefficace qui ne briserait même pas la suite des délibérations. Au bas de l'estrade où était élevé le trône, les ministres étaient assis: mais un fauteuil était vide, celui de Necker. Le ministre n'avait pas voulu Jouer sa popularité dans cette aventure: il la désavouait même par son abstention; mais il était absent et non démissionnaire. Le roi tolérait donc que son ministre protestât contre la volonté du roi. Cela encore allégeait sans doule le poids de celle séance el la gravité de l'allenle générale. Vers onze heure, le roi sortit du château. Sa voiture était précédée et suivie de la fauconnerie, des pages, des écuyers, el des quatre compagnies des gardes du corps, comme s'il avait voulu se couvrir de tout le faste de l'ancien régime pour arrèler la Révolution et s·assul'er lui-même dans son droit chancelant. Il entra dans la salle, accompagné des princes du sang, des ducs el pairs et des capitaines des gardes du corps. Les députés se levèrent, et se rassirent. Le roi parla. Quel hypocrite discours I quel acte d'accusation perfide contre les Etats-Généraux 1
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