Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOC! ILISTIJ: 243 français.• Michelel s'étonne el se scandalise de celle prudence de Mirabeau. « li entreprit, dit-il, de barrer la roule à Sieyès, de se mellre, lui tribun, luirelevé d'hier par la Révolution el qui n'a l'ail de force qu'en elle, il voulut, dis-je, se mellre en face d'elle et s'imagina l'arrêter. Toul autre y eOL péri d'abord, sans pouvoir s'en tirer jamais. • Quoi de plus difficile que la thèse de Mirabeau? Il essayait, devant cette foule émue, exaltée, devant un peuple élevé au-dessus de lui-même par la grandeur de la crise, d'établir « que le peuple ne sïnléressai L pas à de telles « discussions, qu'il demandait seulement de ne payer que ce qu'il pouvait, « et de porter paisiblement sa mi,ère ». Après ces paroles, basses, affligeantes, décourageantes, fausses d'ailleurs, en général, il se hasardait à po;er la qu~stion de principe : « Qui vous a convoqués? Le Roi ... Vos • cahiers, vos mandats vous autorisent-ils à vous déclarer rassemblée des « seuls représentants connus el vérifiés? El si le Roi vous refuse sa sanction ... « La suile en e,t évidente. Vous aurez des pillages, des boucheries, vous « n'aurez même pas l'exécrable honneur d'une guerre civile.» Michelet est bien sommaire et bien sévère dans son jugement sur Mirabeau. Là où il voit une contradiction inexplicable, il n'y a que la suite logique de toute la Lactique adoptée par le tribun. Toujours, depuis l'origine, nous l'a"ons vu pousser la Révolution en avant, mais s'assurer à chaque fois qu'elle ne se heurtera pas au pouvoir royal comme à un ennemi irréductible. Pourquoi? Profondément monarchiste, il voulait que la Ré10lution se fil contre les privilèges, contre les noble,, les Parlements, mais a\'ec Je Roi : il rêvait une démocratie royale où la Nation, souveraine législatrice, • abriterait sa liberté sous l'autorité constitutionnelle du Roi, el il voulait passionnément éviter tout ce qui pouvait ébranler le trône. li voulait évite1· tout conflit qui mettrait les communes d'un côté, le Roi avec les privilègiés de l'autre. Et il craignait que le Roi, désavouant les formules impérieuses de -Sieyès, ne prit décidément parti contre le Tiers. D'ailleurs, y avait-il défaillance et presque trah;son, comme semble l'indiquer Michelet, à s'interroger avec crainte sur l'état d'esprit du peuple? Les perfides manœuvres du clergé, à propos des subsistances, avaient pu égarer une partie de la Nation. Et qui donc, avant le 14 juillet, pouvait dire avec assurance que le peuple se soulèverait et abattrait la force du despotisme1 Mirabeau pouvait craindre qu'une dissolution ou une prorogation des Etats Généraux ne soulevât qu'une impuissante émeute, bientôt noyée dans le sang. Et son plan, pour Otre plus prudent peut-être que celui de Sieyès, ne manquait pas d'audace. Il voulait que les communes, après s'être réclamées, par leur titre même, du peuple, s'employassent à conquérir une popularité profonde. Elles auraient, à titre provisoire, volé de grandes réformes, aboli les privilèges d'impôts. et elles auraient dit à la Nation : c Toutes les mesures adoptées par nous ne peuvent être que des vœux,

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