Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

242 HISTOIRE SOCIALISTE el la rédaction vigoureuse du jeune Darnave esl préférée, pour celle adresse, à celle de IJalouel. En môme temps l'Assemblée s'organise : elle se divise en vingl bureaux cl procède à l'appel nominal de tous les députés, qu'ils soient de la 11oblesse,du clergé ou du Tiers-ElaL Elle agil donc comme Assemblée nationale cl se prépare à donner défaut contre les non répondants. Celle ferme allilude donne courage à la partie pauvre du clergé, el dès le 13 juin, le curé Jallet el quelques autres se rendenl au milieu des députés du Tiers. Les forces ennemies commençaienl donc à se disloquer, el on pouvait croire dès ce moment que les Communes avaienl gagné la bataille. Pourlanl les difficullés restaient grandes, el quand l'appel nominal ful terminé, l'abbé Sieyès, dans la séance du 16 juin, posa devant l'Assemblée anxieuse la queslion redoulable : Comment se constituer el comment se nommer? Sublililé parlemcnlaire I diront les esprits légers: non, la Révolution naissante tenait lo ute entière dans ces formes. Donc l'abùé Sieyès dit ceci : « La Yérification des pouvoirs élan l faile, il esl indispensable de s'occuper sans délai de la constitution de l'Assemblée. li est constant, par le résultat de la vérification des pouvoirs, que celle assemblée csl déjà composée des représenlants envoyés directement par les quatre-vingt seize centièmes au moins de la nation. Une lelle masse de dépulalion ne saurail être inaclive par l'absence des députés de quelques bailliages, ou ùe quelques classes de citoyens; car les ahsenls qui ont été appelés ne peuvent poinl emrêcher les présents d·exercer la plénit ude de le~rs droits ..... De plus, puisqu'il n'appa1 lient qu'aux représentants vérifiés de concourir à former le vœu national cl que Lous tes représenlanls vérifiés sont dans celle Assemblée, il esl encore indispensable de conclure qu'il lui apparlienl el qu'il n'appartient qu'à elle d'interpréter el de prèsenlcr la volonlé générale de la na lion ; nuJle autre chambre de députés, simplement présumés, ne i,eu l rien ôter à la force de ses délibéralions ..... La dénomination d'assemblée des représenlants conuus et vérifiées de la nalion française est la s~ule dénominalion qui convienne à l'assemblée dans l'élat aclucl des choses, la seule qu'elle puisse adopter, lanl qu'elle ne perdra pas l'espoir de réunir dons son sein Lous les députés encore absents·. • Au fond, la molion de Sieyès proclamait le droit souverain du Tiers Etat : seul, malg1·é l'absence des autres ordres, il avail pu vérifier les mandats des députés, el, au contraire, la vérification à laquelle les autres ordres avaient procédé séparément élail nulle. Il y avail un ordre qui portail en lui la Nation, c'étail le 'l'iers : el les autres, s'ils ne se rallachaient pas au 'riers, n'étaient que néant. Mirabeau, toujours préoccupé de développer la Révolution en évitant les conflits violenls, s'efl'raya de la vigueur lranchanle des formules de Sieyès, et il proposa aux communes de prendre un Lilre qui leur donnait, si je puis dire, une grande étendue d'existence, mais qui ne niait pas brutalement les aulres ordres. « Appelez-vous, leur dit-il, représentants du peuple

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