Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOJnE SOCIALIST!l: mais clks drviendronl lois le jour où les ordres privilégiés se seront réunis, à nous • . .\insi, les communes auraient jeté de Cortes racines dans le peuple, el elles auraient obligé les ordres dissidents à se ranger à elles, sans qu'aucun péril de conflit sanglant se produisll. Pourquoi calomnier ce beau plan qui, s'il n'a1ail pas la hardiesse du défi direct aux privilégiés, s'attaquait nu privilège même el assurait au Tiers-Etal la force de l'opinion? En tout cas, Mirabeau avait raison de reprocher à Sieyès l'incerlilude calculée 1!e son litre. Au fond, il faisait du Tiers l'Assemblée nationale, et il ne le disait pas, perdant ainsi la force révolutionnaire que la franchise et la brièveté du litre auraient donnée aux communes. Celles-ci se déballaient dans une grande perplexité. Mounier leur propose de s'appeler: • Assemblée législative des représentants de la majeure partie de la Nation agissant en l'absence de la mineure partie •· C'était bien long : el, de plus, en accordant aux députés des autres ordres, non encore vé ritlés, le même titre qu'aux élus du Tiers, celte motion effaçait vraiment trop le caractère national des communes. Celles-ci hésitèrent encore pendant les séances du 15 el du 16 juin : mais, dépassant en clairvoyance el en courage leurs chefs les plus renommés, elles comprirent qu'elles ne se sauveraien l que par la netteté dans l'audace el, sur la motion de Legrand, député du Berry, elles décidèrent en0n, le 17 juin, que « la seule dénomination qui leur convenait était celle d'As emblée nationale •· Le même jour, l'Assemblée, avec une décision admirable, fait acte de souveraineté. Elle déclare que tous les impôts existants sont illégalement perçus, mais qu'elle leur donne une légalilé provisoire, seulement « jusqu'au Jour de de la première séparation de celle Assemblée, de quelqur cause qu'elle puisse provenir•· Ainsi, tout acte de violence contre l'Assemblée faisait tomber du coup la légalil6 de l'impôt et constituait tous les citoyens à l'étal de légitime résistance. De celle Assemblée, si longtemps prudente, sortent maintenant les grandes décisions révolutionnaires. Et en ces hommes, la réaction haineuse ou pédante a!Tecte de ne voir que théoriciens sans expérience ou procéduriers sans idée! Jamais plus admirable combinaison d'habil~lé el d'audace, de sagesse el d'héroïsme n'illustra l'action humaine. La Cour el les privilégiés en furent déconcertés. Il ne leur restait plus, après ce grand conp, qu'à se soumettre pleinement ou à recourir à la violence. El pour avoir quelque chance de succès, ils devaient agir ,ile. Or, ùans leur désarroi, ils perdirent trois Jours. La noblesse, si hautaine il y a quelques semaines, envoie au Roi, dans la jc,urnée du 19 juin, une adresse geignante : • Ah 1 Sire, c'est à voire cœur seul que l'ordre de la noblesse en appelle ... Les députés de l'ordre du 'fiers-Etal ont cru pouvoir concentrer en eux seuls l'autorité des Etals Généraux, sans attendre le concours des trois ordres el la sanction de Votre Majest6; ils ont cru pouvoir convertir leurs décrets en lois; ils en ont ordonné l'impression, la publicité el l'envoi dans les provinces; ils ont détruit les impôts, ils les ont recréés : ils ont

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