Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

236 IIIS'l'OlllE SOCIALISTE le Tiers s'or;anise, qu'il e11l'oic des délégués aux aulrcs ordres pour les pre,,rr de se joindre à lui au moins pour la vérification des pouvoirs: pour les autres qucslions, le vote par tôle 011 par ordre serait réservé: et les dél<>gués du Ticr; a~rnrcraicnt en même lemp, le clergé et la nolJlcsse de leur si11cùredésir de respecter loules les pro1iriétés el tous les droits. ~lais la réunion ainsi obtenue ne scrail-elle pJtSl'amoindrissement moral du Tiers, l,1consécralion préalable du système lëodal et de tous les privilèges? Les Communes rejettent vigourcusemenl le système de ~lalouel, el Mounier propose qu'il soit permis aux dépulés du Tiers d'aller à titre individuel et oflicieux tron,·er les députés des aulrcs ordres pour les presser de se réunir. Yaine démarche, mais qui commence à faire sorlir le 1'icrs, sans le compromcllrc, de son isolement el de son inaction! Les délégués ne rencontrent à lu Chambre de la noblesse que les commis,aires chargés de la vériticalio11 des pouvoirs: ceux-ci continuent imperlubablemenl leur besogne. Cependanl le clergé, di"isé con Ire lui-mème cl enlralné par la rninorilé lrès forle des curés, propo,ail de v;1gues moyens de concilialion. li dcmandail que chaque ordre nommàl des commissaires qui se concerteraienl al'ec ceux des autres ordres. L'indication était très incertaine: la noblesse accueillit celle proposition en spfoifianl bien que ses commis,aires n'auraient d'aulre mandal que d'expliquer aux communes pourquoi la nobles,e se consliluail à parl. Mirabeau, en un grondement de colère s'écria à la séance du 15 mai: • N'est-ce pas une grâce que ~lcssieurs de la noblesse accordent aux aulres ordres lorsqu'ils nommcnl des commissaires pour se concerler avec eux? Puisqu'ils onl eu le droit de, vérifier leurs p0U\'0irs séparémenl, de se conslilucr en chambres sans le consenlemenl des autres, qui les emp~che d'aller en avant, de faire une conslilution, de rt'gler les finances, de promulguer des lois? Les nobles ne sonl-ils pas tout en Frnnce? Qu·csl-ce qu'une corporalion de vingl-quatre millions tl'indi\ idus? Cela rnul-il la peine d'être complé pour quelque chose?» Par ces écl,lls d'ironie hautaine, il animait le Tiers à la résistance: mais aussi s>1ucicux d'éviter les démarches irréparables que de prévenir tonte faible,se, il ne proposai l" encore rien el se conlentail de prolongn 1,, colère ex1,,•r·Lante des communes el de la na lion. C'est le député de l\ennes, le breton Chapelier. qui, fidèle au violcnl esprit réYolulionnaire de sa province lit le prn111ierjaillir l'éclair. 'l'anclis que le pasleur rtabaud Saint-Etienne demantlail que le Tiers enl'oyàl des commissaires aux aulres ordres mais avec mandal de maintenir le vole par têle et lïndivisibililé de l'Assemblée, Cha1,elier veul confier aux commissaires un mandat menaçanl . • Les députés des communes déclarent qu'ils ne reconnallront pour reprMenlanls légaux que ceux donl les pouvoirs auronl élé examinés par aes comn,issaires nommés par L\s,embléc générale. » Et déjà, Chapelier appelle les communes "le corps national ». C'était signifier aux autres ordres que

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