Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

I!ISTOI llE SOCIALISTE 235 mt l'assPinbléecette connai<sance inattendue, je n'aperçus que la froideur et le silence. • )léme après coup, Necker n'a point compris. li ne se rend même pas compte qu'en exagérant la facilité des choses il ;ervait le parti de la contreRél'Olulion, et Louis XVI, en l'écoulant ù\me aLtenlion un peu so olente et l'aguemenl réjouie, pouyait se dire : après Loul, si ces hommes ne sont pas sages, je pourrai, sans dommage, le, congédier. Le système de Necker menait tout droit au Coup d'Etat de la séance royale du 23 juin : • le grand ministre•, à qui son ombre solennelle cachait l'univers, ne s'en est point doul6; l'Assemblée, elle, toute novice qu'elle rot, avait compris, et on emporta, en se séparant, une impression de malaise, de trouble et d'insécuril6. Ah! comme, dès celle première séance, )lirabeau devait frémir dïmpatiencc et d'orgueil de, anl la médi0crilé des gouvernants I Il se jura sans cloute, dès cc jour-là, de les poursuilre sans trêve pour leur arrac ber à la fois la Révolution, qu'il eût YOulu conduire, et la monarchie, qu'il eût voulu sauver! Dès le lendemain, la grande bataille entre les ordres, au snjel <lt1 vote par Lêle, va commencer. Le clergé, la noblesse, le Tiers Etat, se réunissent clans les locaux distincts : le Tiers Etal, à raison de son nombre, siège dans la Salle des )lenus, où a eu lieu la veille la réuni ou générale; et il a l'air, ainsi, d'être un peu l'Assemblée. La noblesse prend position d'emblée: sur la demande de. ~lontlosier et malgré l'avis contraire du vicomte de Castellane, du duc de Liancourt et du marquis de L~fayelte, elle décide par 188 voi\ contre 47 de se constituer en ordre séparé et de vérifier à parl les pouvoirs de ses membres. Si celle décision de la noblesse est maintenue el si le Tiers-Etat s'incline, la roule esl fermée devant la Révolution. Le clergé prend une décision semblallle, mais à une majorité bien plus faible, 133 voix contre 114. Les députés du Tiers, n,,ernl,le; <lè; nèuf heures, attendent en vain jusqu'à deux heures cl <lemie la réunion des deux autr,•- ordres. Ceux-ci ne venant pas, le Tier.-Etat comprend quci-dès la première heure, la Ré,·olulion esl en péril : ou plutôt elle ne peul être sauvée que par la fermeté el l'adresse des Communes. Que faire? Deux Lactiques différen les sont proposées. Malouetlrè, modéré, très conservateur, propose aux députés du Tiers-Elatde se constituer au moins provisoirement, el de se donner un règlement. Mais il parait à Mirabeau que ce serait reconnallre la sépara lion des ordres : « tant que les pouvoirs n'ont pas été vérifiés en commun, nous ne sommes qu'une agrégation d'individus•· 11n'y a qu'une Lactique qui convienne, celle de l'inaction et de l'attente. Le Tiers-Etat constatera ainsi aux yeux de la nation que les autres ordres en s'isolant ajournent l'exercice de la souveraineté nationale. Le système de l'inaction provisoire est adopté. lllais comment s'y tenir sans énerver le pays et les Communes elles-mêmes? Malouet peroévéranl dans sa tactique demande à nouveau que

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