Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

231 HISTOIRE SOCIALISTE ne pas aller ju,qn'au bout? Pourquoi obliger les communes à conquérir rérnluli011nairement le droit que la royauté pouvait leur donner d'un mot? Necker fut aussi vain. Le riche banquier genevois qui, deux fois, avait gfré les finances de la France et qui anit, gràce à son crédit personnel el à quelques emprunts habiles, fait face aux dilficullés de la guene d'Amérique, élait à ce moment très populaire. C'est à lui que le pais allrilJUail la conrncalion des Etals Généraux, cl s'il cùl été vrai meut un homme cl'Elal, sïl n'avait pas été aveuglé par une va uilé puérile, il aurait pu jouer un rôle déci~H, cl faire servir sa compétence financière au lriom1,he d'une heureuse ol pacifique Révolution. Il pouvait proclamer son impuissance à équilibrer le budget, tant que le contrôle de la Nation e lie-même ne réprimerait point tous les abus. Au contraire, dans le long exposé ,financier qu'il lut aux Etals Généraux, il s'appliqua inconsciemment à leur démonlr er ... qu'ils étaient i11uliles. Lui seul, Necker, par quelques habiles com!Jina isons, suffirait 11 rétablir l'équilibre : quelques retenues sur les pensions, quelques économies au bu,!get des affaires étrangères, une revision des Imités avec la ferme gé11érale, quelques relèvements de droits sur les marchandi,cs des Indes, el le déficit qui n'est, après toul, que de 56 mil lions, pourra aisément disparaitre. Ilien mirux, ces ressources ordinaires, ainsi mises en lumière, permellronl de gager l'emprunt nécessaire pour l'année courunle. En écoulant cet exposé, les députés, qui l'entendirent d'ailleurs assez mal, de,aienl se dire : ~lais à quoi serl'irons-nous? el si la situation est aussi aisée, pourquoi nous a-t-on réunis? JI sembla il vraimenl que ;-, cker ne les cOt convoqués que pour leur donner le spectacle de son habileté financière : el en fail, comme un prcslicligilaleur, il s'écrie : « Quelle nation, àlessieurs, que celle où il sullll de quelques objets cachés pour rélalJlir les aliaires publiques! • Il ne s'apercevait point qu'en se proclamant seul néces_saire il blessait cruellement la Nalion. Il ôtait au Tiers-Etal Ja force morale nécessaire pour organiser un régime de contrôle cl de liberté puisque, sans ce ré,:ime et avec le seul tour de main d'un banquier e,pé1imenlé, les choses iront à merveille. J'ai déjà cité le mot admirable de Mirabeau : • Le déficit est le trésor de la Nalion. • Necker lui volail ce trésor, et il s'étonne, dans sa vaniteuse candeur, de la froideur avec laquelle son ex1iosé fut accueilli. Il a écrit dans ses Mémoires : • Gependanl, en faisant relour sur moi-même, je ne puis me rappeler, sans amertume, la manière dont Je fus trompé dans mon allente, lorsque, plein de joie de pouvoir annoncer aux Etals généraux le peu de fondement de tous les bruits répandus sur l'étendue du déficit cl sur l'cmùarras inextricable des finances, et jouissant à l'avance de l'imp,·ession que ferait

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