J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIALISTE 311 nemenls de répression, quels quïls soient, cl dr quelque nomqu'ilss'appcllcnl. Grande leçon aussi cl grand réconfort pour les combaltanls socialistes, car ils apprennent que l'efTorl obscur el constant de chacun se retrouve loul enlier au jour des grandes crises. La persistance du communisme babouvisle à travers toutes les persécutions el toutes les réactions, la persistance de la foi républicaine el de l'espérance ouvrière jusque sous le triomphe insolent du second Empire, sont parmi les faits les plus remarquables de Loule notre histoire. Quand l'énergie pa,•sionnée des consciences ourrii-rcs a pu, sans aucun droit !~gal, sans aucune ressource d'o1·ganisation publique, sauver de l'oubli mortel cl du désastre définitif la liberté cl le socialisme, comment ne serait-elle point assurée de la victoire, disposant maintenant des moyens d'action multiples que le prnlélarial a conquis. Le socialisme a grandi depuis un siècle, il esl devenu une puissance par l'emploi simultané ou alternatif de deux méthodes en apparence contradictoires el que le libre génie des ouvriers a conciliées. Tanlôl il s'est mêlé, avec le babouvisme, avec le blanquismc, à tous les mouvements de la démocratie, à toutes les agitations du peuple. Tantôt, comme avec Fourier, avec Saint- ~mon, aYecquelques-uns des premiers ouvriers de l'lnternalionale, il a voulu isoler ou la pensée ou l'action du socialisme. Tantôt il considére que la conquNe des libertés politiques est la condition préalable de l'avènement social des ouvriers; cl il concentre sur celle première iilche tonl leur effort. Tantôt il les avertit de ne jamais détourner leurs ~ues el leur action de leur objet suprême el de leur idéal. A toutes les pages de l'//isloire Socialiste, se rclrou,·c ce conflit des tendances el des méthodes. Mais en fait, le prolétariat ne sacrifie jamais l'une à l'autre. Jamais il ne se désintéresse des événements confus el vastes où il peul essayer sa force cl développer son action. )lais jusque dans celte impéluositéde mournmenl, qui lejcllc dans toutes les batailles politiques cl inlcllecluellcs, il ne perd pas son intransigeance foncière; il a le sens lr/•s vif que Loule action ne vaut que comme un acheminement, comme un entrainement à la révolu lion de propriété; que Loule réforme ne vaut que comme un degré vers le but supérieur. Le grand probl<'me lactique des jours présents, c'est de concilier en effet, non pas seulement d'instinct mais délibérément ces deux méthodes également nécessaires. On peul dire que le marxisme ful à l'origine un essai de synthi'sc des deux tendances, puisqu'il invitait le prolélarial à participer à tous les mouvements de la démocratie, mais pour les faire tourner immédiatement à la victoire du cemmunisme. Le mème problème s'impose aujourd'hui à nous, mais en des circonstances différentes. Au Lemps du Manifeste communiste, la révolution démocratique n'élail pas accomplie èn France; elle n'était m~mc pas ébauchée en Europe, el Marx pouvait croire que le prolétariat serait assez fort pour faire servir à ses propres fins les agitations prévues de la révolution démocratique bou,·gcoisc. Maintenant, c'est dans une démocratie puissamment consliluéo el qui évolue

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