J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIALISTE chauvins et de tous les politiciens sans scrupules qui se rallient aux agitateurs promcllcurs de profils. )1. Schcurcr-heslner publiait dan~ le Temps une lcltrc par laquelle il affirmait non seulement que le jugement du Conseil de guerre élail entaché d'irrégularité, mais encore qu'il était inique; il amil entre les mains les preu1·esévidentes de l'innocence du capitaine Dreyfus. Le bordereau qui lui avait ~lé allriùué et qui avait élé la pièce capitale de l'acr·usali~n n'était pas de lui mais d'un autre; col aulro, c'était le coupable, il fallailàloulprix le découvrir. Désormais la lulle pour la revision du procês llre) fus cl contre le parti nationaliste devait, en l'énervant de plus en plus, t~nir eonslammcnl en haleine l'opinion politique. li est malériellemenl impossible de reprendre, de rapporter dans le déroulement de ses pMsionnanls détails cc mouvement en faveur <le la revision qui devait se prolonger parmi les hésitations, les teneurs électorales des mioisli•res quf se succédaient el du monde parlementaire dont le travail normal se trouva annihilé ou faussé. Mais des hommes de cœur appartenant à tous les partis, surtout au parti républicain el au parti socialisfc, s'allachfrcnl à la si noble entreprise de M. Schcurer-Keslncr : ~Dl. Clemenceau, Hanc, Larnrc llcrna,·d cl lanl d'autres dont les noms sont restés gravés dans Ioules les m{•moires, s'allachèrcul à réclamer justice. Dans leurs admirables pages accusatrices, Emile Zola, Jaurès, Anatole France, Traricux, IIavet, Duclaux, le colonel Picquart, bravant l'opinion déchainée, instruisirent 1~ procès du Cons'eil de_guerre, des jésuilières embusquées dans les bureaux de l'étalmajor cl, peu,\ peu, l'opinion se ressaisissail malgré la campagne de violences, de perfidies de la coalition nationaliste, devenue plus audacieuse que jamais. La culpab,lilé d'Eslherazy, cet aventurier militaire, ne faisait plus de doute, cl le suicide du colonel llenry, au mont Yalérien, pl'Ojclait d'étranges clartés sur celte affaire mystérieuse, inexplicable surloul dans ses origines cl son but. La grande majorité du parti socialiste s'était jetée avec la plus vive ardeur dans celte émouvante m,'lée el son inlcrvcnlion, lanl par le talenl, l'ardeur de ses orateurs, de ses écrivains, ne ful pas sans exercer une déterminante impression sur l'opinion publique. li réclamait justice. pour qui? pour un des fils de la classe capitaliste qui, officier dans l'armée, n'aurait sans doute pas hfsité à marcher contre lui pour sa défense, rn cas de ll'Oulilcs ou de révolution. Cc n'était donc ni un mlérH d,, classe ni de parti qui le guidait, mais hirn une haute pensée ; la réparation d'une injustice llagranlc, d'une iniquité monstrueuse, commise par des officiers conlrc ·un des leur~, sans que les véritubles motifs s'en pussent dém,'le,·. li affirmait par son allitude que ses revendications, toutes ses rcrcndications, il les élève au bénéfice de tous, ainsi qu'il le proclame dans son programm~, " sans distinction de race, de nationalité ». Puis, comme cela était advenu durant la tourmente boulangiste, il avait compris que le gros de la

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==