J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIALIS'l'E établis, le désintéressement de l'action ùirccle en malii•re politique, mais il avail toul au plus ren('Onlré une respectueuse ùéférence de la parl des cardiuaux dont un seul, le cardinal La, igcrie, sans influence sur le clergé, avait adhéré à la République. Le pape aurail voulu voir k clergé se confiner dans son relie d'éducateur, de consolateur. Sa lùchc n'était-elle pas assez belle, asse1. élevée, de consoler les soufTranls, de les réconfol'ler '! El la condition des travailleurs sollicilail son allenlion: il manifeslail une bienveillance Ioule particulière à ceux qui, dans le clergé el parmi les défenseurs de l'l~glise, s'occupaient des questions ouvrii•rcs. C'élail là une lactique habile el qui cul pu offrir quelqt1es dangers pour la démocratie, si le clergé fran,;ais avait élé capable de la comprendre cl de l'adopter; il aurail trouvé des appuis el des défenseurs jusque dans les rangs du pat·li républicain, en grnndc majorité hostile au socialisme, mème aux ,·éformes réellement efficaces. Ce fut peine perdue : le clergé f'ran~ais restait plus royaliste que le roi, plus ullrnmonlain que son pape. Or, voièi qu'un jésuite, le P. I.e ~!oigne, s'inspirnnl des vues de Léon XI11, avait entrepris de lra'ler les questions ouvrières, dans l'église Sainl-~lcrri, en une série de conférences. li avait abordé la question du paupérisme el comparant l'étal social avant cl après 178\l, il avail dressé un véhément réquisitoire contre la Révolution française, l'accusant d'a,·oi1· lrnhi Ioules les espérances du monde ouvrier el de ne lui avoir légué que la misère el la faim. Dans la bouche d'un défenseur de l'Ancien régime ce langage élail normal, mais l'impudence élail grande de le tenir publiquement. Les conférences du père jésuite ne manquèrent pas de produi,·e un grand effet, mais combien contraire à celui qu'il escomplail. En foule, des travailleurs se rendirent à l'église Sainl-~lerri el aux allaques contre la Révolution française ils répondirent par des clameurs, par le chant de la Marseillaise. Ce gra,·e incident ful porlé à la Chambre par voie d'interpellation el provoqua un vif débat au cours duquel le président ùu Conseil, tout en affirmant son respect de la religior,, déclara que le Cal,inel élail résolu d'une part à faire respecter la liberté du culte, mais d'autre part, à interdire Ioule critique el Loule censure c1/s actes du gou,·ernemenl el des lois de l'Etat. « Si, ajoutait-il, il se produit des conllils graves dans l'église Saint-Merri ou ailleurs, le ministre de l'Intérieur, qui a la garde de la lranquillilé publique, prendra les mesures nécessaires et n'hésitera pas à aller jusqu'au boui, jusqu'à la fermeture de l'édifice ». L'altitude du président du Conseil re,;ul l'approbation de la majorité de la Chambre. Mais l'agitation des échauffés du cléricalisme que n'avait pu apaiser la défaite du boulangisme désormais sans chef; - découragé, dét;u, ahandonné de la plupart de ses courtisans el de ses bailleurs de fonds de la veille, il s'était brùlé la cervelle, au cimelièrn d'Ixelles, - se compliquait d'une série de faits graves, résullals de la propagaude par le fait appliquée par des anarchistes. Le 11 mars 1892, au numéro 136 du boulevard Saint-Germain, où logeait un juge, M. Benotl, qui avait présidé la

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==