128 HISTOIRE SOCIAIJSTC: )lai, l'opinion publique, par un irrésistible courant manifesté dans la presse radicale, dans les quelques organes socialistes, dans de nombreux meetings el réunions, t·xerça une in0uence décisive sur 11. de Freycinet qui refusa l'extradition en se fondant sur des raisons d'ordre purement juridique. L'ambassadeur russe quitta Paris soudain, mais il ." reparut trois mois après. Simple boudl'ric diplomatique qui. n'eut pas d'autres ,·onséquences. Sm ln proposition de Haspail, le 14 juillet fut adopté comme F,'tenationale et, à l'oceasion de celle premifre fète républicaine, un projet d'amnistie fut déposé. Les Chambres étaient fort hésitantes, troublées par l'élection du« fon;al » Trinquel à Paris, par la candidature de Blanqui à Lyon et le président du Conseil se trouvait perplexe. )1. (;ambella descendit de son fauteuil pour défendre la proposition. Dans son discours, il répudia hautement le mouvement du 18mars cl la politique révolutionnaire; il présenta la proposition comme une mesure politique d'apaisement el elle fut adoptée: le ~énal devait la voler mais en l'nmettdant légèrement. Le caractère modéré, surtout irrésolu de ~I. Freycinet devait déterminer sa retraite, par suite d'un désaccord assez profond entre lui el le ministre de lïnléricur qui entendait poursuivre dans Ioule sa rigueur légale l'application des décrets contre les congrégations. ~I. Jules Ferry fut chargé de constituer le nouveau ministère donl la politique allait accuser, en les exaspérant, les divisions du parti républicain. Dans un discours prononcé à ~larseille, ~I. Clemenceau, devenu le chef effectif de l'Extrème-Gauche, chef redoutable, parfois mème à ses amis, par son éloquence à l'emporte-pièce, argumentée, son esprit toujours en éveil el caustique, avait publiquement rompu avec M. Gambclla cl sa politique; il l'accusait d'Nre le chef occulte cl réel du gouvernement el il traçait, sous l'impression du dé,·eloppemenl de la propagande du Parti ouvrier, un programme, bien oublié depuis, dans lequel il réclamait « la liquidation des grandes compagnies de chemins de fer, canaux el mines, et l'exploitation de ces industr,cs par l'ensemble de ceux qui les mettent en œuvre cl à leur profit ,,. Le Congrès de ~larseille, tenu l'année précédente, arnit donc eu une grande inlluence, puisque le leader de !'Extrême-Gauche en adoptait, en parti~, une résolution qui n'était autre que la nationalisation el la transformation en services publics à forme socialiste de certains organes économiques féodalisés par de grandes compagnies. Ce n'était là qu'une apparence. Les collectivistes du Parti ouvrier ne dcvaicnl pas rencontrer d'adversaire plus ardent que ~I. Clemenceau. On le constatait Mjà, on le pul constater encore plus effectivement au cours des meetings conlradicloircs. des campagnes ~lecloralcs que, de concert a,·ec quelques militants, l'ouvrier mécanicien Joll'rin, revenu de la proscription, allait mener, particulièrement à 11ontmartre. Le cabinet Ferry se présenta devant le Parlement le\) novembre 1880. Son
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