201 HJSTOlllE SOCIALISTE mcssaf(e ri d,1nrl dr prorogation ,:tairnt hicn pour agiter profondément l'opinicn. Certain,•nirnt il fallait voir li, une menace de coup d"l::tal. On pouvait s'attendre it tout d'1111Mldal aven!(IC, l-lo11rdi par les dan/(Ns qu"évoquaicnl dc,ant ,on esprit prn ou,rrl les familiers de son entourage et les habiles de ln réaction, il fnlla,t s·ath•ndre :i tout d"un ministère <1uicomptait dans ses rangs un bonapartist,• sans s,·,·upulcs tri que M. de Fourtou. Maigri· !oui, celle émotion se calma ponr faire place /J un calme fail de vigilance et de résolution. L'union étroite des r(•publicains na~u(•rr si di,·isés, l'altiludo nelte des (;auches de la Chambre rt du S,1nal représentaient 11neforco apprérinblc. L'opinion no S<' laissa pas di•semparcr, n11'mr quand Ir ·2:1juin, après une disc11ssion mémornblc à la sullr de laquelle un ordre du jour de défiance fui voté par 3ti3 députés répuulicains, à la Chamlll'e, et ,p,e, par I I\J voix contre !:JO, le Sénat se fut prononcé pour la dissolution. Le 2~,juin le décret <leJissolution était si/(né el communir111•· /.1 la Chaml,re 011 Ir pn·sidcnl G,·évy se borna à prononcer do bri·ves mais sig-nificotives paroles de protcslolion, O<'Cueilliespar les opploudisscmcnls unanimes drs rrprésenlonls n'puLlicains: • Le pa}s <levant lequel la Chambre Hl r<'lo11rnc1·lui dira bientôt que, dans sa trop courte carrii're, elle n'o pas cessl· 1111 seul jour dr bien mél'ilN' de la France cl de la R6publiquc. » Le mème jour, dans la presse ri•publicaine, paraissait un manifeste des trois groupes de gauche du :--énol. 11 éle,·ait une énergique protestation contre la politique de réaction el d'arbitraire du Cabinet de Broglie el il invitait instamment le suITragc universel à se grouper pour répondre, comme il convenait, à cc défi, en réelisanl les 31,3 Mpulés républicains qui avaient rnlé l'ordre du jou,· de défiance. En somme, qnoiquc d'a1>parcncc très troublée, la situation était nette; la France élail di\'isée en deux camps bien tranchés, bien Mlimilés; d'un côté toutes les forces viws de la réaction ayant pour elles le chef <le l'l~lal, Ir pouYoir e,écnlif, l'administration, la magistrature et, <lisait-on, l'armée' De l'autre, la grand<' majorité du suITragc uni\'crscl el <leses rcprésenlonlsdirecls, uuc forte minorité du S~not, puisque la dissolulion n'ovoil élé ,·otéc qu'à J!J \'Oix Je majorité. llans de telles conJit,ons, la lutte dernil •'Ire acti,c, brûlante, durant la période élrclorolc qui alla il bientôt s'ouvrir. quoique reculée jusqu'à l'ext,·~me limite légale. Toul cc que peul imaginer un gou,·crncmcnl qui se lan<"c dans une a,·cnturc dangereuse, en " risque-tout •, <li·ciJé à ,•aincre, ful imagin<' rl mis en pratique. l'onclionnoires répuulicains les plus modérés ou srulemenl suspects dc scrupules révoqués ou déplacés; conseils mu111cipaux dissous cl remplacés par <les commissions; pror~s <le presse cl de réunion, mano•uvrcs policières, perquisitions chN les ciloJcns les plus paisibles, tout fut employé pour exercer une formi<lal.,lc preEsion sur le corps électoral. Jamais, même aux p!us maurnis jours, l'ordre moral n'a,·ait lant osé. Mais le pays ne se laissa intimider ni par les menaces, ni par les ,oies de rail accumulées avec un cynisme d<fronccrtnnt. Il tint bravement tôle à l'orage;
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