468 HISTOIRE SOCIALISTE relowner à l'animalité pure. Et qui donne cc spectacle·/ Les« honnOtes gens», les dirigeants instruits, policés, affinés, ceux qui parlent au nom d'un Dieu de misfricordc ou d"un idéal de vie supérieur et qui se larguent de représenter en face des bandits de la Commune expirante la moralité cl la civilisation. C'est que ces<( honnèles gens>) onl eu peur.; le mince vernis qui recouvre chez eux comme chez tous la brule ancestrale éclate et ils se vengent avec une ncre voluptil de leurs terreurs d'hier, d'avoir lrcmulé un instant, devant la levée prolétaire, pour leurs profits et pour leurs jouissances. Le bourgeois lâche, demeuril tapi dans son logis depuis des semaines, reparall insolent parmi les soldais; il tient la rue, le brassard tricolore en évidence, signe de ralliement des champions de l'ordre. Derrière lui sa clientèle, sa valetaille, tous ceux qui vivent des mielles lomb6s de la lable capitaliste, plus vils, plus ignominieux encore que les maitres. A ses c<ilés, les beaux fils, revenus de Versailles avec leurs prostituées « au chignon jaune» qui s'installent de nouveau aux cafés des boulevards, recommencent la ft'lc aux restaurants de nuit. Toute la fine canaille, canaille de joie, canaille de proie, les parasites cl les exploiteurs. Ces tristes sires se fonl les indicateurs, les pourvoyeu,·s des pelotons d'exécution. L'armée, à leur gré, est trop molle, trop magnanime encore. Ils dirigent, conduisent les perquisitions, dénoncent les rares suspects qui ont pu glisser entre les mailles du filet, créent dans le111squartiers respectifs des "Comités d'ép~- ralion », salles d'allenle des abattoirs des cours pré,·ôlales. La presse est le miroir de toutes ces hideurs cl de toules ces hontes. Elle se consacre à entretenir la rage el la panique bourgeoises. Elle se fait l'écho, quand elle ne les invente pas, des légendes abominables, forgées pour égarer et exaspérer l'opinion, tromper la France, tromper l'Europe, écarter des morts el des mourants jusqu'à la sympalhic d'un apitoiement. Dans ses colonnes prend son ,•ol la fable des pélroleuscsqui co0la la vie à tant d'inforlunérs. Aussi celle des bataillons de fuséens, des éliquellcs gommées avec l'indication : « Bon à briller», cl du sous-sol parisien : égouts, conduites d'eau, catacombes taraudés de mines reliées par des fils électriques, des boissons empoisonnées versées aux soldats. Tel journal imagine cl décrit l'engin spécial pour lancer le pétrole donl les Communeux auraient fail usage. Tel autre raconte l'histoire de l'incendiaire trouvé porteur de « cenl quarante mètres de mèches soutTrées. » Ces inventions absurdes et monstrueuses sont la nourriture de l'armée comme celle de la ville el viennent quotidicnncmenl aiguiser la fureur des troupiers qui fusillent el des foules réactionnaires qui dénoncent, insultent el mallrailenl. En ces jours d'abjection, peul-Cire n'esl-il pas abjection pire que celle de la presse, cl le dégoùt, une honte d'èlre homme el de savoir lire vous prend à parcourir la prose de ces assassins de lellres qui se uomment parfois AlexanJre Dumas fils, Francisque Sarcey ou lleclor Pessard, el dont les articles onctueux ou brutaux, scion le tempérament, ne sont qu'une longue invite au
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