464 HISTOIRE SOCIALISTE Le pnrli de Delescluze csl pris: « Adieu, dil-il, en quillanl les abords de la mairie du XI•; moi je vais me faire lucr », el il descend le boulevard Voltaire; quelques fédérés, qu'clques amis, Jourde, Lissagaray, l'accompagnent. La morl fait rage au Chnteau-d'Eau. En roule, un peu après l'église Saint-Ambroise, on rencontre Lisbonne blessé que soutiennent Thcisz, Vermorel cl Jaclard. A cel instant, Vermorcl tombe à son lour gravement alleinl; il en devait mourir. Jourde cl Theisz le relèvent el l'emportent sur un brancarJ. Delescluze serre la main du blessé el continue son chemin vers l'entrée du boulevard; ses compagnons se sont tous efTacés; il est seul. Ici, nous laissons la parole à Lissagaray qui a si éloquemment décrit ces jours do la semaine sanglante qu'il avait vécu en témoin, bravant loul pour tout voir. « Le soleil se couchait derrière la place. Delescluze, sans regarder s'il était suivi, s·avançail du même pas, le seul être vivanl sur la chaussée. Arrivé à la barri<"ade il obliqua à gauche cl gravil les pavés. Pour la dernière fois, celle face auslfre, encadrée dans sa courte barbe blanche, nous apparut tournée vers la mort. Subitement Delescluze disparut. Il venail de tomber foudroyé sur la place du Chàleau-d'Eau ». (1) Les fédérés ne purent relever son cadavre que les Versaillais enlerrèrent subreplicemenl le lendemain. Sur le mort, on trouva la lettre suivante où se peint son âme haute el stoïque: « i\la bonne sœur, je ne veux ni ne peul servir de jouet el de viclime à la réaction victorieuse. Pardonne-moi de partir avant loi, qui m'as sacrifié la vie. ~lais je ne me sens plus le courage de subir une nouvelle défaite, après tant d'autres. Je l'embrasse mille fois comme je t'aime. Ton souvenir sera le dernier qui visitera ma pensée avant d'aller au repos. Je le bénis, ma bien aimée sœur, loi qui a été ma seule famille depuis la mort de notre pauvre mère, Adiet>,Adieu! je l'embrasse.encore. Ton frère qui l'aimera jusqu'au dernier momenl. » Pendant la nuit, la Commune décidait de transporter son quartier général à la mairie du XX• arrondissemeol. Le jour revenu éclaira les progrès considérables réalisés par les Versaillais. Les fédérés ne détenaient plus en leur pouvoir qu'un cinquième à peine de la capitale dont un lambeau nouveau, minute par minute, leur élail arraché. Vinoy, filant le long de la Seine prenail à revers le XII• arrondissement pour, de la place du Trône, redescendre sur la Bastille. Celle-ci capitulait vers 2 heures de l'après-midi après une résistance héroïque. Des monceaux de cadavres gisaient au pied des barricades donl les fédérés avaient hérissé les abords de la place. A la seule barricade de la rue de Charonne on en releva 105. Le Faubourg Saint-Antoine étail enveloppé; les Versaillais s'y jetèrent el y firent une efTroyable boucherie. A celle heure, depuis longtemps, les barricades du Chàleau-d'Eau s'étaient lues, abandonnées, le restant de l~urs défenseurs ayant reculé jusqu'au Canal, alors à découvert sur (1) Lt11:s,1,o.-1-1.u Hi,toire de la Commune. P• 365
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