462 HISTOIRE SOCI.\J.JSTE la Porte Sainl-)larlin, la Préfecture de Police, le Palais de Justice vomissaient, comme des volcans en fusion, des Ilots empourprés. Scion la forte expression de Lissagaray, témoin de la scène: « Paris semblait se lordrc dans une immense spirale de flammes el de fumée. » Au malin, dès (j heures, les \'ersaillais reprenaient leur marche en arnnt sur toute la ligne. Au nord, les fédérés avaient évacué d'eux-mèmcs, pendant la nuil, la plus grande partie du X• arrondissement el s'étaient repliés avec Brunel sur la place du Ch,lleau-d'Eau. Au ccnlre, l'Jlolel de \ïlle élail tourné par la place des \'osgcs el la rnc Saint-Antoine cl son emplacement occupé. De ce fait, la 13aslille allait se trouver presque immédiatement menacée. Sur la rive gauche, Cisscy avait reçu des renforts considérables. Avec deux b1·igades et 'une puissante artillerie, il altaquait pour la cinquième fois la 13utte aux Cailles cl l'emporlail enfin. \\'roblewski avait résisté trente-six heures. Dans une retraite habilement ménagée, il franchissait le fleuve au pont d',\uslerlilz an::enanl avec lui une partie de ses canons cl mille braves du XIII•. Le reslanl élail demeuré cl dernil Nrc tué sur place derrière les barricades du quartier. Cissey, du roup, maitre de Loule la rive gauche el en plus des forts de Bicêtre cl d'Ivry, donl la garnison s'était raballue sur les Gobelins pour ne pas être coupée, suivait pas à pas dans leur retraite les glorieux vaincus el vcnail se heurter dans celle marche aux forles positions du pont d'Austerlitz que les tro~pcs de Vinoy abordaient d'autre parl. Les deux l!'énéraux ne forccronl ce ., " passage qu'apri's plusieurs heures cl au prix de perles considérables. Mais, à lem· lour, vers la lin.du jour, ils entreront en eonlacl direct avec les défenses de la 13aslillc. , Au:Cllnteau-d'Eau, l'attaque a déjà commencé. Des barricades ont élé élevées au débouché des sepl larges avenues qui convergent vers la vaste place el la lulle va y prendre des proporlions épiques. C'esl qu'aussi bien, ainsi quo nous l'avons dit, là sont venus chercher un refuge les plus fervents, les plus 1 d6lconinês défenseurs de la Révolution; un refuge, plutôt un autre champ de 1:iataÎJle, le dernier sans doute. Décidés à donne,· leur vie, ils se serrent autour de la Commune, de ce qu'il en ,·este el qui sii·gc, dans le tumulte au milieu des ràles des agonisants, des plaintes des blessés, des sifflements de la mitraille, du rugissement de la canonnade, à la mairie du XI•. Uclcscluze, brisé par l'i\ge, la maladie, aphone el que sa volonté seule soutient, essaie encore de faire sou métier de délégué à la Guerre. A ses côtés, Jourde, la main sur la casscllc où soul enfermés les derniers cinq ccnl mille francs qu'il s'csl rail remellre mardi, à la Banque de France, aligne des colonnes de chiffres, distribue la solde appliqué el tranquille comme s'il élail encore au ministère des Finances. Dans une pièce voisine, Ferré, imperlu1·bablc, juge les espions, les traitres constamment amenés devant lui. Du Comité de Salut public, Gambon el Arnaud sont présents aussi. Ranvier commande aux 13ulles-Chaumonl. Seul, Billioray a disparu dès dimanche soir. On ne le reverra pas, non plus que t'élix Pyal,
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