J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

HISTOIRE SOCIALISTE 459 fusille les pl'isonniers, qu'il lu~ la femme el l'enfant à cùlé de l'homme. Uans celle occurence efirayanle, ils ne tremblent pas, ils ne reculent pas, mais ils veulent du moins, avant de périr, avoir rendu coup pour coup, ne pas s'en aller sans s'être vengés. De ce milieu enflammé, voilà que se détache un peloton conduit par Genlon, insurgé à barbe grise, qui a vu .Juin 48 el conspiré contre l'Empire tout puissant. Ce peloton se rend à la Roquelle pour y fusiller quelques-uns des otages de marque qui y ont été conduits la veille, Genlon a demandé « Qui veut former le peloton·/»,« Moi, a dil l'un, je venge mon frère "· « Moi, a dil un autre, je venge mon père». Un troisième « J'y ai droit, ils ont fusillé ma femme ••· Cent s'offraient. Genton en a pris trente el ils sont partis. A la prison, le directeur Fran~ois refuse de livrer les prisonniers sans ordre écrit. Genlon est revenu à la mairie du XI• trouver Ferré el il reparait avec l'ordre. Sont marqués pour la mort, Darboy archevêque, Bonjean, le président, Deguerry, curé de la Madeleine, Allard, Clerc, Ducoudray, pères jésuites. Ils onl quitté leur cellule. Les voilà dans le chemin de ronde, alignés contre le mur. Sicard commande le feu. Cinq lo,nbenl à la première décharge. L'archevêque seul est resté debout. Une seconde décharge le couche à terre. L'n hideux sourire dut plisser les lèvres minces de Thiers, quand il apprit le fait. L'insurrection lui donnait enfin ces cadavres auréolés de la couronne du martyre qu'il avait tanl souhaité. li en allailjoue1· maintenant. li dira demain, il dira des semaines, el la bourgeoisie hypocrite répétera avec lui, que si l'on saigne el si l'on égorge dans Paris, si l'on supplicie et si l'on mitraille à Satory, c'est pour venger les saintes, les nobles victimes. Plaisanterie inf,lme. L'armée de l'ordre depuis trois jours déjà assassinait. Que celle exécution ne se fut pas produite et celle qui suivit, rue llaxo, que l'armée eul Luéautant. Il fallait son compte de lêles à la classe régnante; il lui fallait celles de tous les révolutionnaires el tous les socialistes qui avaient mis un instant son privilège en péril. On ne contestera pas que lorsque tombèrent ces six représentants sacrés ou laïques de la réaction, que Thiers avait du reste lui-même voués à la mort en refusant de les échanger contre Blanqui, des milliers de travailleurs parisiens jonchaient déjà le sol de leurs corps refroidis. L'armée d'ailleurs n'opérait plus seule. Elle élail stimulée, aidée par tous les congénères de Darboy el de Bonjea,;, par Lous les bourgeois qui réfugiés à Versailles ou lapis dahs leurs caves, lanl que la Commune avait gouvernée, reparaissaient à celte heure, le brassard tricolore en évidence, figurant les chacals el les hyènes qui suivent en hurlant les grands carnassiers en chasse. C'était bien la guerre inexpiable, la bataille de classe dont les péripéties se déroulaient dans les mes cl sur les boulevards. Par sa haine exaspérée, la canaille dorée ou argentée sacrait la Commune, dans son agonie, prolétaire ol socialiste, si, lanl Psl qu'elle ne l'eut pas été pleinement en ses jours de santé el de vigueur. Qui donc le dit? Des écrivains communeux, des historiens sympathiques à

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