'168 HISTOIRE SUCI.\LISTE: agitateurs prolétaires de J'lnlernalionalc ou autres. Ailleurs les travailleurs demeuraient plongés dans une passi,·e inconscience. Ceci pour la France urbaine. <)uanl à la France rurale un monde de préjugés el de terreurs supcrsliti,'11<es la séparaiL du socialisme. La mentalité paysanne n'avait guère rnriéc depuis les temps où grùce h elle se refaisait l'Empire en jJ cl ~,'l; le travailleur des champs persistait à ne mir dans le lra,·ailleur des villes qu'un fainéant cl un parlagrux qui voulait lui voler son bien ('l son épargne, lui ravir les fruils de sa terre, viHc el jouir à ses dépens. li Ycnail d'envoyer à J'.\sscmbléc nationale quatre cents monarchistes contempteurs de Ioules les idées modernes; cc n'était pas pour adhtlrer deux mois après à la République démocratique et sociale. De plus une région entière, celle de l'Est el du èior<l, se déballait encore sous le Lalon <le l'étranger. La revue sera donc brève el nous re\'iendrons Yilc à Paris, car c'est là en somme que se déroula loul le drame. li existait à J'~poque une capitale socialiste; il n'existait pas encore une France socialiste. Paris avait sur le restant de la nation une avance <le Yingt ans cl plus. Lyon s'ébranla di·s l'abord: c'était la deuxième ville du pays, la seule, après Paris qui cul des traditions ou\'rières cl ré,·olutionnaircs. Ses canuts de la Croix-Housse élaienl les fils cl petits.fils de ceux de 1832, les premiers insm·f(és de la misère. Dès le 21 mars, les officiers de la garde nationale réunis au nombre de deux cents, au Palais Saint-Pierre, avec les membres du Club central el assistés d'un délégué parisien, Albert Blanc, acclamaient la Commune el en,·oyaicnl au maire Hénon, une délégation qui lui tint ce langage: « èious voulons la proclamation de la Commune, l'adhésion au mouvement parisien, le renYoi du préfet el ,Je nouvelles élections générales». Hénon, républicain de pacotille, se cabra. A 3 heures du soir, la délégation revenait appuyée par plusieurs bataillons de la Croix-Housse el de la Cuillolifre, s'adressait au Conseil municipal en séance, cl devant sa résistance le déclarait dissous. L'llôtcl de Ville était occupé, le docteur Crestin choisi comme maire, en place de Hénon, une Commune pro,·isoire de onze membres constituée, le préfet Valentin arrêté cl le drapeau rouge arboré .. Le 2'2 el le 23, l'insurrection demeura maill·e$Se du terrain cl tenta de s'organiser, mais l't·lan populaire n'y était pas. La bourgeoisie, un instant déconcertée, se ressaisissait aux nouYe!les el aux instructions parvenues ,Je \'crsaillcs. Hénon, le maire révoqué, intriguait, proteslanl contre les violences dont l_ui cl son Conseil avaient été l'objet; la presse suivait. La garde nationale était partagée, hésitante. Le général Crouzal, commandant en chef <les troupes régulii·res, se multipliait au contraire, souple el tenace, criant, selon la minute, ,, Yive la Hépublique ! )) ou « Vive ln Loi! ,,, brandissant le spectre de l'intervention prussienne, pour se donner le temps de concentrer les forces suffisantes en vue d'une action répressive. Le 24, il intervenait el se rendait maitre, sans coup férir, de la situation. Les membres de la Commune lyonnaise abandonnés de lous, se rérugiaienl en Suisse el les
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