J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

360 HISTOIRE SOCIALISTE La retraite est devenue possible. Les gardes nationaux, ceux de Flourens et ceux de Dcrgcrct s'abritant tant bien que mal des feux du Mont-Valérien, se dirigent sur :-Santerre, pour de là gagner Paris. Mais,à mi-roule de Rueil el de Nanterre, les voilà rejoints par la cavalerie versaillaise; leur colonne est disloquée, sabrée. Flourens, demeuré comme toujours au poste le plus dangereux, est coupé des siens, rejeté sur Chalou avec quelques compagnons seulement. Bergercl, cependant, avec le plus gros tronçon de ce qui fui son armée, a pu continuer sa marche, arriver à la Seine el repasser le pool de Neuilly dont en hâle on fortifie les approches pour opposer une barrière à l'ennemi qui approche. Au Centre cl au Sud, les colonnes fédérées n'avaient guère eu meilleur destin. L'aile gauche (6.000 ou 7.000 hommes) commandée par Duval, avait passé la nuit sur le plateau de Châtillon. Au jour, contourn•nl le plateau de ~leudon, elle avait poussé, refoulant les avant-postes de la cavalerie du général du Darrail jusqu'à \ïllacoublay, à quatre kilomètres de Versailles. Mais à ce point elle avait été arrètée par une violente fusillade dirigée des fenèlres des villas el des meurlriè:es percées dans les murs des parcs par les soldats de la brigade Derroja. li cul fallu de l'artillerie pour déloger l'ennemi de la position dominante qu'il occupait; Duval ne disposait pas d'un seul canon. Menacés par un régiment de fusiliers marins que soutenaient plusieurs pièces de campagne, aEsaillis bientôt par une division entière, la division Pcllé, les bataillon, fédérés durent ballrc en retraite, et se replièrent sur le plateau de Châtillon pour y passer la nuit. La colonne du centre (10.000 hommes), sous les o~dres de Eudes, de Ranvier el d'A\'l'ial, essuyait un échec pareil. Après avoir emporté les Moulineaux et le Bas-)leudon, poussé jusqu'à Val-Fleury el à Bellevue, pourchassant les gendarmes el sergents de ville qui constituaient dans ces parages l'avantgarde de l'armée versaillaise, elle avait dO reculer devant l'entrée en ligne de la brigade La Mariouse, appuyée par une nombreuse artillerie. Sur cc point, heureusement, la ligne de retraite était meilleure et plus sOre. A l'abri des forts tic Vanves et d'lssy que Ranvier munissait de gros canons de siège, requis au galop dans Paris, les fédérés purent arrêter l'offensive de l'ennemi. En résumé, c'était la défaite complète, irréparable, de par la faute de généraux qui n'en étaient r,as el n'avaient rien su. prévoir, rien su combiner, qui pour toul ordre de bataille criaient d'aller en avant, s'imaginant que la témérité et la bonne humeur sont pour des chefs qualités qui suppléent à tout. C'était la défaite et la Commune obligée de passer de l'offensive à la défensive, défensive mortelle, car une Révolution est condamnée qui n'a pas le vaste espace libre devant elle. Elle ne peut languir sans s'éteindre, semblable à 111 nomme qui, pour se'llourrir, ùoil monter toujours plus haute dans le ciel, aspirer l'oxygène

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