J. Jaurès - La guerre franco-allemande ; L. Dubreuilh - La Commune

342 HISTOIRE SOCIALISTE l'ieuremcnl, avec le procès-verbal de la séance du 29 mars (soir), la nomenclature el la composition, celle Commune tenta d'échapper au chaos dans lequel elle se se11lail descendre; elle essaya de restaurer quelque ordre dans le désordre universel el de pourvoir à la vie toute entière : matérielle, intellectuelle et morale de ce grand Paris que Thiers lui laissait en charge. Services municipaux, services oatiooaux; œuvres de paix, œuvres de guerre, clic prit tout à son compte. li le fallait bien, puisqu'elle était seule. A l'une de ces commissions, Commission exécutive permanente, était dévolu le role· capital et parliculièremenl ingrat de coordonner tous les efforts el de donner force de loi aux décrets el décisons de l'Assemblée. La Commission exécutive fut donc le véritable gouvernemeol de la Commune et, plus qu'ailleurs, c'est dans son sein que devaient se révéler !es périls el la gravité de la situalioo, se manifester l'isolement angoissant dont nous avons parlé. Les hommes de la Commission exécutive senlaieol la nécessité de tendre et de tendre jusqu'à les rompre tous les ressorts de la machine et 11ss'apercevaient que ces ressorts étaient tordus, faussés, brisés el qu'ils n'avaient plus devant eux qu'un las de ferrailles, sans ùme et sans emploi. lis prenaient des résolutions, ils donnaient des ordres et ils ne possédaient personne autour d'eux pour porter ces ordres, personne pour transmettre et appliquer ces résolutions. li aurait fallu qu'ils fussent au courant de Ioules choses et ils ne savaient rien. Aucun renseignement sérieux, fondé, circonstancié ne leur était procuré. lis jugeaient sur des vraisemblances, tablaient sur des racontars, slatuaienl sur des pl'Obabililés. li n'eut jamais été plus nécessaire de gouverner, comme ils le voyaient e.t le voulaient, el jamais on ne put moins gouverner. Mallre Jacques de la Révolution, il leur fallait être à la fois dictateur el gendarme ; tel Tridon appréhendant au collet, de sa propre main, Cluserel, délégué à la guerre, dont il venait, avec Vaillant, de décide.r l'arrrsLation. Bref, ils allaient sous un brouillard opaque, cherchant à tillons leur chemin et ignorant, dans leur marche incertaine, s'ils se heurtaient à un ami ou a. un ennemi, à un compagnon de lutte. ou à un traHre, à un communeux comme eux ou à un agent de Versailles. Si désespérée qu'elle fut, la partie pourtant était engagée el il la fallait jouer. (Jue l'enjeu apparut ou non perdu d'avance - et cet enjeu n'était rien moins que la liberté et la vie d'un peuple entier - il n'y avait pas de remise possible. Au reste, l'illusion est si contagieuse dans le feu de l'action et la chaleur du combat, que les plus lucides, au contact de la foule en délire, en viennent à se duper et à s'étourdir eux-mèmes et à espérer contre tout espoir. Or, autour de la Commune, autour de sa Commission exécutive, nul ne doutait de la victoire; c'était bien une conviction quasi-unanime que Versailles, s'il engageait les hostilités serait écrasé, que l'armée régulière ne résisterait pas au choc de la garde nationale, se débanderait, lèverait la crosse en l'air. A Paris, certes, et nous l'avons dit, les sympathies actives de toute la popu-

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